Cher pays de notre enfance. Enquête sur les années de plomb de la Ve République

thumb_IMG_5183_1024Comme l’année dernière, Elle s’est rendue au festival de la BD d’Angoulême dans le cadre de son travail et comme l’année dernière, Elle a pensé à Lui  et a pioché dans ses économies pour lui en ramener un souvenir. Une tradition est née qu’il va bien sûr falloir faire perdurer! (le message est -il assez explicite?!).

Dans le cru de cette année, c’est la bande dessinée d’Etienne Davodeau et de Benoît Collombat Cher pays de notre enfance. Enquête sur les années de plomb de la VRépblique qui a retenu mon attention. M’intéressant plutôt fortement à tout ce qui touche à l’histoire et au domaine politique, Elle savait bien qu’elle ne prenait pas trop de risque…

Ce qu’en dit la 4eme de couverture: 

Etienne Davodeau est auteur de bande dessinée. Benoit Collombat est grand reporter à France Inter. L’un est né en 1965, l’autre en 1970. Ils ont grandi sous la Ve République fondée par le Général de Gaulle dans un pays encore prospère, mais déjà soumis à la « crise ». 

L’Italie et l’Allemagne ne sont pas les seules nations à subir la violence politique. Sous les présidences de Pompidou et Giscard d’Estaing, le pays connaît aussi de véritables « années de plomb » à la française. 

Dans ces années-là, on tue un juge trop gênant. On braque des banques pour financer des campagnes électorales. On maquille en suicide l’attentat d’un ministre. On crée de toutes pièces des milices patronales pour briser les grèves. On ne compte plus les exactions du Service d’Action Civique (le SAC), la milice du parti gaulliste, alors tout-puissant. Cette violence politique, tache persistante dans l’ADN de cette Ve République à bout de souffle, est aujourd’hui largement méconnue. 

En sillonnant le pays à la rencontre des témoins directs des évènements de cette époque – députés, journalistes, syndicalistes, magistrats, policiers ou encore anciens truands – , en menant une enquête approfondie, Etienne Davodeau et Benoît Collombat nous révèlent l’envers sidérant du décor de ce qui reste, malgré tout, le cher pays de leur enfance…

Ce que Lui en dit:

Ce qui frappe en premier avec cette bande dessinée, c’est la couverture. Sous le traits d’Etienne Davodeau, on reconnaît le portrait officiel du Général De Gaulle dans la bibliothèque du palais de l’Elysée, à la différence que le costume et le visage de l’ancien président sont tachés de sang. Ce sang rouge vif est d’ailleurs la seule trace de couleur présente dans l’ensemble de ce travail. Le ton est donné et la désacralisation des instances de gouvernance entamée.

Vivant au pays des bisounours et à mille lieux de toutes manoeuvres et stratégies politiciennes, autant dire que cette bande dessinée m’a ramené sur Terre. Les deux auteurs privilégient le mode de l’enquête, ce qui permet au passage de rappeler que certaines affaires traitées dans leur oeuvre n’ont pas encore été jugées. La démarche est pertinente, le dessinateur n’hésite pas à se représenter avec son ami journaliste dans les salons des personnes interrogées. De plus, il arrive que les deux comparses fassent des apartés à destinations des lecteurs un peu trop jeunes comme moi qui ne maîtrisent pas vraiment tout le contexte (autant je connais les principaux hommes politiques, autant les secrétaires d’Etat et autres présidents de collectivités locales j’ai plus de mal). Le dessin est très agréable et réaliste. Les personnages se retrouvent représentés sous des traits simplifiés en nuances de gris et sont aisément reconnaissables. Le seul rictus des lèvres de Charles Pasqua permet ainsi de l’identifier. Des pièces à conviction, des rapports et autres documents d’archives sont reproduits comme des fac-similés au fil de l’histoire, lui donnant plus de véracité. Les preuves s’accumulent.

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L’enquête a pour mérite de mettre au jour des éléments totalement méconnus (du moins par moi), à commencer par l’existence même du SAC (Section d’Action Civique). Une sorte de milice secrète du parti gaulliste avec des ramifications à toutes les échelles comme une mafia. Après un bref topo par les auteurs sur ce qu’était l’organisation, l’enquête aborde l’assassinat du juge Renaud. En 1975, pour la première fois depuis l’occupation, un magistrat français est assassiné en pleine rue. Or, très rapidement, les auteurs établissent un lien avec le SAC. Ce n’est alors que la première des affaires évoquées. Sans tout dévoiler, les auteurs parviennent à montrer des liens entre l’organisation et le braquage de banques, la françafrique, les violences envers les syndicalistes, les intimidations envers les journalistes et même le meurtre de Robert Boulin, ministre du travail en exercice dont la mort aurait été maquillée en suicide par les membres de l’organisation. Autant dire ce n’est pas du joli-joli et que cela entache très nettement le personnel politique prêt à de nombreuses bassesses, voire même des crimes pour obtenir ou conserver le pouvoir. De de Gaulle à Sarkozy, en passant par Chirac, on se rend compte que l’accession aux plus grandes responsabilités se fait aussi par la détention de dossiers compromettants sur ses adversaires. Heureusement, les auteurs interrogent des membres de la caste politique restés droits et qui ont voulu dénoncer les actions du SAC. On peut même dire que la BD rend hommage à ceux qui, par leur action, se sont mis en danger, ont été menacés et ont même perdu la vie. Si cette enquête dévoile des pratiques occultes, elle fait aussi attention à ne pas sombrer dans la simplification abusive du « tous pourris ».

Au final, Cher pays de notre enfance se révèle être une enquête réussie et très instructive sur les heures sombres de la cinquième république. On a parfois du mal à se repérer dans les personnages interrogés, le SAC ayant agi à toutes les échelles et certains responsables politiques étant inconnus pour les plus jeunes. Toutefois, il serait injuste de reprocher aux auteurs d’avoir collecté un trop grand nombre de sources orales convergentes, toutes aussi accablantes envers la classe politique. Quand l’Etat, garant selon la constitution de la liberté de la justice, de la sécurité individuelle et collective manoeuvre dans l’intérêt des plus forts, la confiance aveugle dans le système institutionnel ne peut être maintenue. De quoi faire réfléchir en ce moment où plusieurs lois sont adoptés à l’encontre des lanceurs d’alerte…

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Les Studios Harry Potter à Londres : comment s’y rendre ?

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Grande fan d’Harry Potter depuis des années, d’abord les livres puis les films, j’étais évidemment ravie d’apprendre que la Warner Bros allait conserver les entrepôts où s’étaient déroulés les tournages pour en faire un musée regroupant certains des décors et objets les plus mythiques de la saga.

Pour mes 25 ans mes parents m’ont offert deux entrées pour aller visiter ces studios dans la banlieue de Londres avec Lui. J’y suis également retournée avec ma meilleure amie en mars de cette année. J’ai donc effectué pour la deuxième fois le trajet pour m’y rendre et je me suis souvenue que la première fois on avait galéré avec Lui pour bien comprendre comment s’y rendre par nos propres moyens (sans emprunter le train spécial au départ de Londres qui coûte une blinde). Je me suis dit que ça pourrait donc servir à d’autres d’expliquer ici les démarches pour se rendre à ces studios, bien que maintenant le site soit traduit en français et contienne déjà beaucoup d’informations pratiques.

ATTENTION / Je vais également mettre à la fin une ou deux photos des Studios pour vous donner encore plus envie d’y aller, mais si vous voulez garder la surprise intacte ne scrollez pas trop bas ! 🙂

 

I ) Acheter les billets

Avant toutes choses, il vous faut impérativement acheter vos billets en ligne sur ce site : http://origin.wbstudiotour.co.uk/fr/ ou directement sur la plate forme anglaise (vers laquelle le premier site vous re-dirigera mais le premier site donne des informations en français): https://tickets.wbstudiotour.co.uk/WebStore/shop/ViewItems.aspx?CG=HPTSFR3&C=TIXFR3

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Aucun billet n’est vendu sur place aux Studios ! On a vu des touristes étrangers se faire refouler à l’entrée parce qu’ils pensaient pouvoir en acheter là bas alors, même si ça a peut être changé depuis, je serais vous je ne le tenterais surtout pas.

Vous allez sur l’onglet billet et remplissez les informations traditionnelles nécessaires à la vente. Prenez la version avec Audioguide, vraiment : il est vraiment super bien fait et vous manqueriez quelque chose pour peu d’économie si vous ne le prenez pas (il se règle en français).  Après l’achat sur le site vous allez recevoir un courriel qui vous confirme votre/vos billets. Mais attention, ce n’est pas fini : il vous faut ensuite appeler le numéro indiqué dans le mail (en Angleterre) pour confirmer votre date de venue. En effet, pour qu’il n’y ait pas trop de monde et que la visite reste agréable, les visites sont régulées (dans la date et l’horaire).

La réservation par téléphone se fait en anglais ce qui est un peu contraignant mais les hôtes/hôtesses sont habituées à avoir des étrangers au bout du fil et si vous avez révisé pour pouvoir dire en anglais la référence de votre billet (booking reference) et le jour auquel vous souhaiteriez venir ça ne posera pas de problème, ils vous donneront ensuite un horaire d’arrivée et vous recevrez un nouveau mail pour vous confirmer le tout. Ils vous renvoient aussi un mail de confirmation quelques jours avant votre venue.

N’oubliez pas d’imprimer vos billets, il y a un code barre et un numéro qui servent à récupérer votre « vrai » billet une fois arrivé aux Studios.

 

II ) Se rendre aux Studios

Il existe des navettes payantes au départ de Londres pour se rendre aux Studios (55 livres) mais c’est loin d’être le seul moyen et surtout le moins cher ! Je ne l’ai utilisée aucunes des deux fois où je suis allée aux Studios. Alors comment nous avons fait? Et bien nous avons pris le train!

À la gare de Euston Station (accessible par le métro – ligne Northern (en noir sur le plan du métro) ou ligne Victoria (en bleu)) prendre un billet pour se rendre à Watford Junction.

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Attention, pour se rendre à Watford Junction il y a des trains longs qui mettent une heure et des trains courts qui mettent 25 minutes en fonction de s’ils s’arrêtent ou non (c’est comme pour nos TER). Si vous avez peur d’arriver en retard je vous conseille de partir comme si vous alliez avoir un train « long » pour ne pas paniquer une fois dans le train.

Le plus simple est de prendre le billet à un guichet (dans mon souvenir, comptez 12 ou 14 livres) pour demander à l’agent « the faster train to Harry Potter’s Studios ». Autant vous dire que même avec un accent à la française ils sauront vous répondre puisqu’on doit leur poser 20 fois la question par jour. D’une manière générale si vous êtes perdu/très stressé, dîtes juste à un agent « Harry Potter? » et je pense qu’ils sauront vous aiguiller.

Une fois en route dans le train, laissez vous porter jusqu’à Watford Junction, ils annoncent au micro « Warner Bros Studios – Harry Potter » avant l’arrivée donc vous ne risquez pas de vous tromper. Une fois dans la gare de Watford, il suffit de sortir et sur votre gauche se trouve des abris spéciaux pour les bus qui font la navette. Il y en a un tout les 15/20 minutes, vous ne pourrez pas les manquer, ils sont on ne peut plus reconnaissables… 🙂

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Il faut compter 2 livres le trajet mais le billet prévoit l’aller et le retour donc gardez le bien pendant toute votre visite (le trajet dure une 10 aine de minutes à peine).

Une fois arrivé aux Studios ne rentrez pas directement dans le hall (ça va être dur de résister mais vous y êtes presque alors il ne faudra pas craquer maintenant !) mais allez à droite de l’entrée, à l’extérieur. Vous avez des guichets et des bornes pour retirer vos billets. Il faut soit scanner le code barre soit taper le numéro de référence et vous récupérerez deux billets par personne, celui pour l’entrée et celui pour avoir l’audioguide (si vous passez par la borne pensez à bien attendre l’impression des deux billets, à ma seconde visite j’ai trouvé dans la machine un billet pour un audio guide je pense qu’une personne a dû se trouver un peu déçue…)

Une fois vos tickets en main entrez dans le hall des Studios. Vous pouvez récupérer l’audioguide sur la droite, à côté du magasin de souvenir (que je vous conseille de ne visiter qu’à la fin de votre visite pour ne rien vous spoiler).

NB : Si vous venez en voiture je ne peux pas vraiment vous donner d’information autre que l’énorme parking qu’il y a devant les Studios. Donc on peut se garer mais je ne sais pas combien de temps ni combien ça coûte…

 

III ) Détails pratiques

Et si je suis en avance/en retard ?
-> EN AVANCE : La première fois que j’y suis allée avec Lui il y avait des travaux sur la lignes de train et il n’y avait que des trains qui mettaient une heure. Mais comme j’étais stressée de ne pas y arriver à temps on était parti en comptant 3 heures de marge donc on est quand même arrivés en avance par rapport à l’heure indiquée sur notre billet (juste 30 minutes d’avance malgré notre ponctualité parce qu’il a fallu le temps de faire 200 photos à l’extérieur…). On a demandé si on devait attendre et ils nous ont fait passer tout de suite.
-> EN RETARD : La deuxième fois que j’y suis allée on devait y être pour 9 heures. Le réveil a donc été un peu dur comme on était arrivé à Londres tard dans la nuit et on s’est rapidement mises en retard, surtout que si le billet il précise de bien arriver 20 minutes en avance (je pense que c’est pour le temps de prendre le billet, l’audioguide et tout et tout). Avec mon amie nous nous sommes stressées pendant tout le trajet en bus mais au final quand on est arrivées les agents d’accueil nous ont tout de suite rassurés : tant qu’on n’a pas 30minutes/1heure de retard, ils ne refusent pas les gens. L’idée est que l’ambiance reste vraiment chaleureuse et tout le personnel est très sympathique (presque trop exalté pour être honnête d’ailleurs mais ça donne un côté « show » assez amusant du genre « Est-ce que vous aimez Harry Potter?!!!!!! » « YEEEEEEES!!! ») donc ils ne vont pas vous fermer la porte au nez parce que vous n’êtes pas là les fameuses 20 minutes en avance. Mais n’abusez pas trop quand même je pense parce qu’il y a vraiment du monde et c’est mieux de s’en tenir à son horaire de visite.

Combien de temps dure la visite ?
Alors là c’est vraiment à votre convenance, les Studios fermant à 22h !La première fois j’y suis restée 5 heures et la deuxième fois… 8 heures (mais avec au moins 30 minutes pour manger donc ça va non?).
-> Pensez à prévoir un temps à la fin pour la boutique, même si vous n’achetez rien c’est là qu’on récupère son souvenir si vous avez pris le billet avec souvenir, et c’est plutôt amusant de voir tous les produits dérivés, ça clôt bien la visite je trouve.
-> Autre élément à savoir, la visite se compose en 1 partie intérieure assez longue, une partie extérieure, et de nouveau une partie intérieure plus courte. Une fois sortie de la première partie pour aller à l’extérieur vous ne pouvez plus revenir en arrière alors vérifiez bien que vous avez vu tout ce que vous vouliez voir avant de sortir.

Surtout profitez-en, profitez-en, profitez-en !

Et si je ne parle pas anglais ?
Pas de problème grâce au super audioguide ! Il y a effectivement des panneaux rédigés en anglais mais ils en disent moins que l’audioguide qui lui peut se programmer en français.
Au tout début de la visite un agent présente la visite et « chauffe » un peu la salle en anglais mais c’est très court. Pareil, il y a un tout petit film qui revient sur le phénomène Harry Potter en anglais mais les images se passent d’explications et vous comprendrez sans problème l’essentiel du contenu.

Comment je m’habille ? 
Il y a un vestiaire à l’entrée dans le hall, gratuit il me semble. Mais je vous conseille de garder une petite laine parce qu’il y a une partie des décors qui se trouve à l’extérieur. En revanche ne venez pas avec un énorme manteau parce qu’entre le monde et l’émotion, vous risquez d’avoir un peu chaud à l’intérieur au bout d’un moment.
Et un conseil, si vous êtes un gros fan et que vous avez un tee-shirt, une casquette, un collier ou quoi que ce soit de l’univers Harry Potter surtout faîtes vous plaisir et mettez-le ! Aux Studios, vous ne croiserez que des fans ou des accompagnateurs bienveillants qui jouent le jeu de l’univers magique dans une ambiance on ne peut plus chaleureuse !

Et si j’ai faim ?
Pas de restriction, vous pouvez venir avec votre nourriture mais il y a aussi sur place, juste avant les décors extérieurs, une cafétéria avec des petites salades et autres sandwich (froids et chauds) tout à fait honorables à un prix abordables (type prix de Capitale mais pas exagérés non plus).
Sinon avant dans rentrée dans les Studios, dans le Hall, il y a une petite cafétéria et un Starbuck.

Et au fait… c’est bien ?
Au risque d’être affreusement clichée je dirais que c’est juste… magique… Particulièrement si, comme moi, Harry Potter vous a vraiment suivi une longue partie de votre enfance/adolescence, les Studios sont un endroit exceptionnel avec une ambiance vraiment géniale.
Il me semble juste impensable que vous soyez déçus sauf si vous vous attendez à rentrer physiquement dans les décors : comme il s’agit « des vrais » et non pas de reproductions comme il s’en construit en ce moment à Los Angeles et Orlando dans les Parcs Harry Potter, vous ne pouvez pas toucher les objets ni rentrer dans les maisons, vous allonger sur les lits des dortoirs… Personnellement je le savais avant de venir et je trouve que c’est normal pour préserver au maximum tous ces décors et cela ne m’a absolument pas déranger, surtout que quelques animations vous permettent quand même de faire quelques pas dans le monde la magie (voler sur un balais ou monter à bord du Poudlard Express par exemple…).
Et vraiment, l’audioguide est super, je pensais être vraiment calée sur le sujet mais on apprend plein de choses sur le fonctionnement du film, le dressage des animaux, la confection des décors, les castings, les anecdotes de tournage… C’est une mine d’informations! Et s’il n’a plus de batterie parce que vous cliquez sur tous les suppléments proposés, pas de problème, demandez à un des agents de vous en apporter un autre !

 

 

 

 

 

 

 

 

ATTENTION VOICI QUELQUES PHOTOS

 

 

 

 

 

 

 

 

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Saga, Tonino Benacquista, Folio

Saga @Avisculturel

Quand j’étais plus jeune mes sœurs s’étaient emballées sur ce roman « Saga ». Je n’avais pour ma part pas été tentée plus que ça et je n’avais pas suivi leur conseil (pourtant avisé!).

Quelques années plus tard j’ai gagné via un jeu organisé par mon université le livre « Malavita » du même auteur, sur un mafieux et sa famille qui tente d’échapper à leur passé. J’avais adoré (et le film aussi d’ailleurs : bande annonce par ici) J’avais également lu de Tonino Benacquista « Homo Erectus » un livre très étrange mais qui m’avait également beaucoup plus.

Il devenait évident que j’accrochais avec cet auteur et je n’avais pourtant pas encore lu son livre le plus connu, Grand Prix des lectrices de ELLE en 1998. Heureusement pendant les vacances, j’ai enfin rattrapé cette faute grave en m’y plongeant avec régal…

 

Ce qu’en dit l’éditeur :

Nous étions quatre : Louis avait usé sa vie à Cinecittà, Jérôme voulait conquérir Hollywood, Mathilde avait écrit en vain trente-deux romans d’amour, et moi, Marco, j’aurais fait n’importe quoi – mais n’importe quoi ! – pour devenir scénariste. Même écrire un feuilleton que personne ne verrait jamais. « Saga », c’était le titre.

 

Ce qu’Elle en dit :

Définitivement, je suis vraiment fan du travail de cet auteur.

Dès le début du livre, le ton est donné : « Faîtes n’importe quoi » ordonne aux quatre héros le producteur de « Saga », juste pressé de remplir les quotas obligatoires de diffusion de réalisations françaises sur sa chaîne pour éviter de se faire remonter les bretelles par les autorités compétentes. Et les quatre scénaristes embauchés pour ce job improbable, tous des cabossés de la vie, des loosers magnifiques, vont s’en donner à cœur joie !
Je pensais qu’on suivrait surtout l’histoire de la vraie « Saga » mais au final l’histoire se concentre vraiment sur le vécu personnel des quatre personnages, comment ils en nourrissent la « Saga » autant qu’elle l’en nourrit. Le mélange constant entre la fiction qu’ils écrivent et la réalité qu’ils vivent donne une drôle d’impression de mise en abîme : et, tout comme les quatre scénaristes ont parfois l’impression de jouer à Dieu en faisant faire ce que bon leur semble aux personnages de la « Saga », en tant que lecteur nous avons également l’impression de les regarder évoluer d’en haut.

Marco, Louis, Jérôme et Mathilde sont tous les quatre très attachants: ils ont tous connus l’échec dans leur vie professionnelle et personnelle et, avec « Saga » tentent le tout pour le tout pour enfin tenter de sortir la tête de l’eau et de retrouver leur estime perdue (mon petit regret tient juste dans le fait que le narrateur, Marco, est des quatre héros celui avec qui j’ai le moins accroché et j’aurais parfois préféré me passer de ses états d’âmes). Malgré les épreuves difficiles que ces héros traversent, le ton du livre est loin d’être morose, bien au contraire : on sourit beaucoup, on rit aussi souvent grâce à au ton délicieusement cynique de Tonino Benacquista.

Le début du livre est donc une suite de péripéties des quatre comparses pour donner vie à la « Saga » et reprendre leur destin en main. Peu à peu, leur partenariat paye et la « Saga » attire de plus en plus de téléspectateurs, jusqu’à devenir un véritable événement de société. Tout se passe donc pour le mieux et ils tiennent enfin leur revanche sur la vie. Mais soudain au milieu du roman, ça part en cacahuète : on ne suit plus les quatre scénaristes dans leur parcours professionnel et personnel et l’écriture de la « Saga », mais on se retrouve seul avec le narrateur Marco en proie aux conséquences inattendues de leur succès : secte fanatique, déchaînement de la presse, management de princes et princesses, intervention de Sylvester Stalone – ou presque, et même rendez-vous avec des agents secrets de l’ONU.

Au début j’étais dubitative, presque déçue du tour que prenait l’histoire et puis j’ai réfléchi et je me suis dis que c’était finalement peut être une mise en application par l’auteur de la liberté qu’il a donné à ses personnages. Après tout, lui aussi a le droit de « faire n’importe quoi », sans être entravé par la morale, la bienséance où les attentes de ses lecteurs.

Bref, plutôt d’être déçue que mes attentes de lectrice ne soient pas comblée, je me réjouis d’avoir été bousculée dans mon confort de lecture. Un excellent moment littéraire que je vous recommande chaudement !

 

Extraits choisis :

La télé, c’était ma baby-sitter, c’était mes mercredis après-midi, c’était la découverte du monde en marche sous mes petits yeux ébahis. La télé, c’était le copain avec qui on ne s’engueule jamais, celui qui aura toujours une bonne idée en tête du matin au soir. la télé c’était une pleine brassée de héros qui m’ont appris l’exaltation. Les premiers émois, mais aussi les premiers dégoûts. J’ai été ce môme qui devient brutalement un adulte le temps de changer de chaîne. (…) J’ai fini par dire qu’au nom de tout ça, si une chance m’était donnée de passer de l’autre côté de la mire, je ferais tout pour ne pas trahir le gosse livré à lui-même devant l’écran bleuté.  (p.45)

Je ne sais plus trop qui a fait quoi dans le n°31. Personne ne l’a vraiment relu, il est parti tel quel, avec nos doutes et nos folies. Nous avons abandonné toute idée de cohérence, la vraisemblance des situations n’est plus qu’un vague souvenir, le n’importe-quoi règne en maître. (…) Je ne suis pas le seul à faire des dérapages absurdes; dans le n°29, Jérôme a fait ressurgir Étienne, un drôle de bonhomme que Louis avait liquidé dans le n°14. En dernière minute, ils ont essayé de bricoler une incompréhensible histoire qui tient à la fois de la métempsycose et de la maladie malade. (…) Jérôme nous a casé une intrigue internationale avec tueur, trust, et prise d’otage, tout ça sans sortir d’un vestibule. Pendant que Mathilde se propose de combler le déficit de la Sécurité sociale en instaurant un impôt sur l’amour (la scène existe, je l’ai lue).
Pour l’instant, la police ne nous a pas encore repérés. (p.139-140)

Face à l’homme de la rue, ma faculté d’anticiper sur les situations ne me sert plus à rien. Les amateurs n’en font qu’à leur tête, ils improvisent et plus rien ne correspond à l’histoire qu’on avait imaginée. Il faudrait pouvoir écrire sa vie, scène après scène, et s’en tenir au script. (p.340)

Je m’imagine passer le reste de ma vie dans ce bar à boire de la vodka et écouter du saxo, seul, hormis la silhouette fantomatique du barman qui disparaît dans une arrière salle. Voilà peut-être le secret du bonheur, ne plus penser qu’à l’instant présent, comme s’il s’agissait d’un extrait de film dont on ne connaît ni le début ni la fin. (p.359)

JR, un artiste engagé dans l’humain

Allez, je profite d’avoir un peu plus de temps pour vous faire partager mon goût pour un artiste de notre temps, à savoir JR.

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JR s’inscrit dans le street-art et est connu dans le monde entier grâce à ses affiches collées sur les murs. À seulement 32 ans, il s’agit peut être de l’artiste de street-art le plus connu aujourd’hui. Il met à profit cette célébrité en vue de vulgariser son art dans tous les pays du monde. La bâche sur la panthéon, c’est lui, les visages dans les immeubles en démolition de Clichy-sous-Bois, c’est lui, les posters géants des habitants sur les façades lézardées de Cuba, c’est encore lui. Celui qui aurait trouvé à 18 ans un appareil photo dans le métro parisien est aujourd’hui un des leaders de son art.

Afin de bien comprendre sa démarche, il faut revenir à l’essence même de son travail: l’affiche. JR aurait pu réserver son travail de photographe aux grandes galeries, travaillant sur les nuances de gris et donnant une plus ou moins grande humanité à ses sujets. Toutefois, c’est dans la rue qu’il expose, dans les villes qu’il offre son travail, dans les ruines qu’il inscrit des visages pour la postérité à défaut de l’éternité. Qu’elle soit publicitaire ou politique, l’affiche possède un statut particulier. Elle n’est pas seulement destinée à être vue, elle est avant tout destinée à être lue. Un message, plus ou moins direct s’en émane, que cela soit clairement indiqué sur l’affiche, ou que le spectateur doive le déduire par rapport à l’endroit où est posée cette affiche. Ce le cas de Portrait d’une génération réalisé entre 2004 et 2006. Ce travail, commencé avant les émeutes de Clichy-sous-Bois, met en scène les habitants des Bosquets. Les photos des habitants de ces cités jusqu’alors laissés pour compte furent placardés d’abord dans la cité des Bosquets, puis sur les murs de Paris. A la fois esthétique et percutant, le style de JR s’impose alors.

Voir le film: http://www.jr-art.net/fr/projets/portrait-dune-generation

imagesC’est en partie la couverture médiatique des émeutes des banlieues de Clichy-sous-Bois qui a popularisé auprès du grand public le travail de JR. Ces portraits d’une grande humanité évite tout pathos inutile. Sur le visage des habitants des cités en ruines, pas de larme bien au contraire. Des sourires, des grimaces, de la joie et de la spontanéité. Un pied de nez à la situation.

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À partir de ce travail, JR continue son oeuvre en optant pour des formats de plus en plus inédits et démesurés. En 2007, il réalise ce qui est alors la plus grande exposition de photographie illégale jamais réalisée, à savoir Face 2 Face. Ce projet, réalisé avec Marco vise à mettre face à face dans huit villes palestiniennes et israéliennes des portraits des habitants.

- 28 Millimetres, Face 2 Face - Pasting on the Separation wall ; Security Fence, Palestinian side, Bethlehem - march 2007 / © jr / Agence VU

Une fois encore, le caractère engagé de son action est évident. Par la photographie, JR entend donner la parole à ceux que l’on entend pas, des témoins silencieux de l’histoire, souvent laissés pour compte et qui ne parviennent pas à être considérés. Si le travail de JR présente une grande portée sociale, il est cependant dénué de tout message politique à proprement dit. Son objectif en tant que photographe n’est autre que de mettre la focale sur des individus et les inviter à entrer dans le débat. Dès lors, après avoir reçu le Ted Prize en 2011, il crée Inside Out, un projet d’art participatif permettant à chacun de recevoir son portrait et de le coller afin de défendre une cause. Son engagement social est encore révélé lors de son travail dans les favelas brésiliennes, projet à grande échelle une fois encore.

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JR s’engage aussi dans le combat pour la défense des femmes avec en 2010, le film présenté au festival de Cannes Women are heroes. Car JR est également réalisateur. En ce moment, en même temps qu’un projet avec Agnès Varda, il assure la sortie du film les Bosquets. Ce film se veut l’aboutissement du projet lancé au début des années 2010. En 2014, à la suite d’une collaboration entre JR, des danseurs du ballet de New York et de Lil Buck et des musiciens reconnus (Woodkid, Hans Zimmer entre autres), un ballet portant sur les émeutes de Clichy-sous-Bois / Montfermeil fut donné à New-York. Le principe du film n’est autre que d’amener la danse dans la ville. Les danseurs de New-York sont ainsi venus à Montfermeil afin d’exécuter leur ballet dans les lieux qui en ont inspiré l’histoire. Un résultat très poétique, comme en témoigne la bande annonce publiée il y a quelques mois sur le site de JR:

http://www.jr-art.net/fr/videos

Ainsi, dans tous ses projets, JR s’engage. Il s’agit d’un artiste engagé non pas dans un parti politique ou dans une organisation, mais d’un engagement dans l’humain et dans la dignité de ceux-ci. Sans prendre position, il ajuste son objectif sur des personnes qui n’ont pas d’autres moyens de s’exprimer. Il fait de ceux qui, considérés comme petits et insignifiants, des posters démesurés et en tant que géographe, lie un lieu à une individualité. Photographies soignées, visuels poétiques et engagements dans l’humain sont à la base du travail de JR, et perso, j’adore.

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L’artiste Varini expose au Parc de la Villette (Paris 19) !

Nous avons la chance d’habiter tout prêt du Parc de la Villette dans le 19ème arrondissement de Paris, lieu riche en animations culturelles de toutes sortes. Un soir à l’occasion d’un pique-nique nous sommes tombés sur l’une des œuvres extérieures de l’artiste Felice Varini exposées dans le Parc.

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Lui connaissait déjà un peu le travail de l’artiste, ayant vu une de ses œuvres au Palais Royal lors des journées du Patrimoine. Pour moi c’était une découverte qui m’a vraiment emballée. Il y avait d’autres œuvres exposées à l’intérieur de la salle d’exposition du Parc et nous nous sommes empressés d’y retourner en journée. Son travail est vraiment remarquable, il joue avec les effets de perspective avec tant de talent qu’on a vraiment l’impression que les formes surgissent devant vous en 3D. Il n’a aucune limite dans les supports utilisés, des murs intérieurs de la salle d’exposition au aux arches en métal géantes du Parc. Juste magique. On se retrouve tous à tourner dans l’espace pour découvrir l’unique point de vue d’où l’on peut voir l’œuvre dans son ensemble.

Voici quelques photos prises à l’occasion. L’exposition est visible – et gratuite – jusqu’au 13 septembre alors courez-y (plus d’information par ici) !

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Pour plus d’informations sur Varini :

  • Son site internet : http://www.varini.org/
  • Petite biographie (issue de lavillette.com) : Felice Varini est un peintre contemporain suisse de renommée internationale qui vit à Paris. Son travail a la particularité d’utiliser des espaces extérieurs architecturaux dans différents lieux publics afin de les intégrer à ses peintures et de créer des illusions d’optiques. En 2006 Varini expose ses œuvres au Musée Antoine Bourdelle, intervient à l’Orangerie du château de Versailles pour la nuit blanche, et s’installe en 2007 à l’Osaka Art Kaleidoscope et à La maison rouge/Fondation Antoine de Galbert avec Quatorze Triangles. Parmi ses nombreuses expositions personnelles et collectives récentes, on retient « Dynamo, un siècle de lumière et de mouvement dans l’art 1913-2013 » au Grand Palais ou encore « Felice Varini » au Porin Art Museum en Finlande en 2013.

Je ne résiste pas à l’envie de vous mettre d’autres images de son travail stupéfiant :

anamorphose-felice-varini-01   FELICE-VARINI Studio Trisorio

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Miss Alabama et ses petits secrets, Fannie Flagg, Pocket

Miss Alabama ©Avis Culturel

Dans ma famille, le film « Beignets de tomates vertes » est un peu une référence, un classique qui nous émeut beaucoup. Quand j’ai appris qu’il était issu d’un livre j’ai voulu voir ce que ça donnait mais, plutôt que de lire celui-là j’ai préféré lire un autre roman de la même auteur, Fannie Flagg.

J’ai jeté mon dévolu sur « Miss Alabama et ses petits secrets » sur le fameux critère de la couverture.

 

Ce qu’en dit l’éditeur:

Il est loin le temps où Maggie représentait fièrement l’Alabama, au concours de Miss America. À 60 ans, fatiguée, elle pense avoir connu le meilleur de la vie et s’apprête à mettre fin à ses jours, sur la pointe des pieds, sans gêner personne. Seulement il fallait que Brenda téléphone à ce moment-là. Deux places pour un spectacle de derviches tourneurs, dans huit jours, ça ne se refuse pas… Pour faire plaisir à son amie, Maggie accepte de retarder l’échéance d’une semaine. Et ces quelques jours vont lui montrer que l’existence a encore beaucoup plus à lui offrir qu’elle ne le croyait…

 

Ce qu’Elle en dit:

Avis pour le moins mitigé sur ce livre… J’ai à la fois passé un bon moment en compagnie de ces héroïnes ordinaires très attachantes, mais en même temps j’ai trouvé le rythme vraiment trop lent.

On retrouve l’atmosphère des « Beignets de tomates vertes », des femmes fortes qui se battent pour s’en sortir seules, et un portrait sans concession d’une Amérique encore marquée par le poids de son histoire et de l’opposition entre ses états autour de la question de la ségrégation, l’Alabama ayant été un des états les plus violents envers la population noire lors dans les années 50/60. C’est, je trouve, la grande force de ce livre.

Mais pour ce qui est de la trame en elle-même, c’est finalement assez « light » : La volonté de mettre fin à sa vie de Maggie – qui reste le fil conducteur du roman – n’apporte rien à l’histoire, et on s’attend longtemps à une révélation qui justifierait cet acte, alors qu’il n’est motivé que par une extrême lassitude de la vie. Le récit en parallèle à l’histoire principale, de la rencontre entre Maggie et Hazel – une naine stupéfiante d’une générosité sans faille qui a créé l’agence immobilière et y a engagé Maggie et ses deux collègues Betty et Ethel et est décédée quelques années plus tôt – apporte un vent nouveau à l’histoire initiale mais là encore, elle n’est pas là pour révéler un secret en particulier, juste pour présenter un personnage 100% positif, sorte d’ange gardien qui a guidé Maggie toute sa vie.
Même l’opposition entre Maggie, Betty et Ethel contre Babs, une horrible agent immobilière prête à tout qui n’a aucun scrupule à vendre les vieilles maisons à l’origine de l’âme de la ville à un faux couple d’acheteurs pour finalement les revendre à des grands groupes commerciaux pour qu’ils y construisent des nouveaux magasins, donne plus de corps au récit et plus d’humour aussi car Babs à le don de pousser hors d’elles les trois femmes de l’Agence d’Hazel pourtant proprettes sous tout rapport. Mais pas de quoi créer non plus une grosse tension.
Même la découverte d’un mystérieux squelette dans une malle ne crée pas un raz de marée dans la vie de Maggie – juste vaguement un petit remous, une nouvelle perturbation dans son plan de départ – mais est propice à se pencher sur l’histoire de la ville et de ses premiers habitants, plutôt qu’à renforcer la tension dans l’intrigue principale.

Bon, bon, bon… je sens bien que mon avis ne sonne pas positif mais étrangement, j’ai quand même trouvé la lecture de ce livre agréable car, une fois qu’on comprend que les « secrets » de cette Miss Alabama  (le titre du livre en français est d’ailleurs mal choisi, il aurait peut être mieux valu garder le titre initial « I still dream about you ») sont loin d’être le cœur du livre, on se surprend à apprécier simplement de suivre ces femmes, à s’imprégner de l’ambiance dans laquelle elles évoluent, et à les voir reprendre le dessus sur leur vie, et à découvrir par leur histoire l’histoire d’une ville, et plus largement de son état.

En résumé, un livre simple qui ne vous fera sans doute ni frissonner ni rire aux éclats, mais qui vous donnera de vrais sourires et vous laissera une belle impression de quiétude.

 

Extraits choisis:

On finit par avoir la tête qu’on mérite, paraît-il, et, dans le cas de Babs, c’était vrai. Quelqu’un (Ethel) avait déclaré un jour qu’elle ressemblait à un rat d’égoût en tailleur deux-pièces. Faute d’être aimable, c’était assez précis. Avec ses petits yeux de fouine, son crâne pointu et son long nez fin, elle avait vraiment tout du rongeur. (…) Outre son allure, Ethel détestait aussi son âpreté au gain, et le style déplorable de ses annonces, en grandes lettres agressives:
VITE ! VITE ! VITE ! À SAISIR IMMÉDIATEMENT ! ON NE MARCHE PAS, ON COURT ! APPORTEZ VOTRE BROSSE À DENTS !
Maggie employait un langage plus subtil, du type « vous allez tomber amoureux », « l’élégance du patrimoine », « la maison où vos rêves prennent vie », « le nouveau chez-soi qui n’attend que vous ». (p.55/56)

Il n’y avait pas deux façons de considérer la même chose: Maggie était semblable à un carton de lait dont la date de péremption approchait dangereusement. (p.146)

Harry s’envola pour Milwaukee deux jours après les obsèques pour ne jamais revenir à Birmingham. Gardant le contact avec sa famille, l’agence apprit qu’il restait prostré dans sa chambre. Maggie savait ce qu’il ressentait. Il leur manquait à toutes cet inépuisable concentré d’énergie d’un mètre deux, cette fête ambulante qui les avait amusées, diverties, encouragées, dynamisées, consolées, parfois exaspérées aussi, mais qui, surtout, leur avait donné à chacune l’impression d’être unique. Hazel faisait partie de ces êtres improbables qui, sortant du ventre de leur mère, sont prêts à toucher terre et partir au galop. Ceux dont on n’est pas sûr de croiser un jour le chemin. (p.316)

Et tu n’es pas revenu, Marceline Loridan-Ivens (et Judith Perrignon), Grasset

Et tu n'es pas revenu ©Avis culturel

J’ai reçu ce livre en cadeau alors qu’il venait de recevoir le Prix de l’Héroïne de Madame Figaro. Je n’en n’avais pas entendu parlé et je n’avais pas vraiment envie de lire ce que je pensais être un livre sur la guerre, mais j’étais dans le métro quand j’ai terminé mon précédent roman et, celui-ci étant dans mon sac et étant très court je me suis dit que je pouvais toujours y jeter un œil.

 

Ce que l’éditeur en dit :

J’ai vécu puisque tu voulais que je vive. Mais vécu comme je l’ai appris là-bas, en prenant les jours les uns après les autres. Il y en eut de beaux tout de même. T’écrire m’a fait du bien. En te parlant, je ne me console pas. Je détends juste ce qui m’enserre le cœur. Je voudrais fuir l’histoire du monde, du siècle, revenir à la mienne, celle de Shloïme et sa chère petite fille.

Marceline Loridan-Ivens, née en 1928, déportée à Auschwitz-Birkenau avec son père, a été actrice, scénariste, réalisatrice. On lui doit notamment La petite prairie aux bouleaux, avec Anouk Aimée (2003), de nombreux documentaires avec Joris Ivens, et Ma vie balagan (Robert Laffont, 2008).
Judith Perrignon est journaliste et romancière.

 

Ce qu’Elle en dit :

Le moins qu’on puisse dire c’est que Marceline Loridan-Ivens nous prouve qu’un texte court peut vous ébranler tout autant qu’un gros opus. Et tu n’es pas revenu est une sorte de lettre qu’elle adresse à son père avec qui elle a été déportée pendant la Seconde Guerre mondiale, elle (16 ans) à Birkenau, lui à Auschwitz. En 107 pages elle nous présente l’horreur des camps sans nous épargner nous, lecteur du XXIe siècle. Elle nous livre cette terrible vérité immonde des camps – mais aussi l’impossible retour à la vie normale et le fossé créé à jamais entre ceux qui sont revenus et ceux qui n’y sont jamais allés – avec une force et une lucidité bouleversante.

Après tout ce temps, toutes ces heures à l’école passées à nous raconter les atrocités qui s’y passaient, tous les livres et les films déjà réalisés à ce sujet, certains pourraient être blasés, lassés par cette partie de notre Histoire, mais je pense que ce type de livre remet les choses à leur place : oui on en parle, oui on en parle beaucoup, mais une fois le cours terminé, ou la télévision éteinte, on s’empresse d’oublier ce qu’on y a appris, sans doute parce qu’il est trop horrible d’accepter véritablement ce que les Hommes ont été capables de faire à leurs semblables. Mais comment peut-on vraiment oublier ce genre de choses ? :

Nous avions faim. Le massacre était en cours. J’avais même oublié le visage de Maman. (…) Dans la vie, la vraie, on oublie aussi, on laisse glisser, on trie, on se fie aux sentiments. Là-bas, c’est le contraire, on perd d’abord les repères d’amour et de sensibilité. On gèle de l’intérieur pour ne pas mourir, Là-bas, tu sais bien, comme l’esprit se contracte, comme le futur dure cinq minutes, comme on perd conscience de soi-même.

À tous ceux qui dans le hall consultaient les listes, ou sur les trottoirs brandissaient des pancartes et des photos à la recherche de leurs disparus, je répétais, « Tout le monde est mort ». S’ils insistaient, me montraient des photos d’une famille, je disais calmement : « Il y avait des enfants? Pas un enfant ne reviendra. » Je ne prenais pas de gants, je ne les ménageais pas, j’avais l’habitude de la mort. J’étais devenue dure comme ces anciens déportés qui nous virent arriver à Birkenau sans un mot de réconfort. Survivre vous rend insupportables les larmes des autres. On pourrait s’y noyer.

Je vais mettre quelques autres extraits après mais j’aurai pu corner toutes les pages tant le livre dans son entier est un coup de poing. Certes, pas du tout une lecture de vacances mais un témoignage unique, magnifiquement écrit par une grande dame.

107 pages pour ne pas oublier.

 

Extraits choisis :

Il y a ton nom sur le monument aux morts de Bollène. Il y a été inscrit bien longtemps après. C’est le maire qui l’a proposé, mais il voulait ne faire aucune distinction, que tu sois parmi les morts pour la France. (…) Tu n’es pourtant pas mort pour la France. La France t’a envoyé vers la mort. Tu t’étais trompé sur elle.
Pour le reste, tu avais vu juste. Je suis revenue. (p.67-68)

Pourquoi une fois revenue au monde, étais-je incapable de vivre? C’était comme une lumière aveuglante après des mois dans le noir, c’était violent, les gens voulaient que tout ressemble à un début, ils voulaient m’arracher à mes souvenirs, ils se croyaient logiques, en phase avec le temps qui passe, la roue qui tourne, mais ils étaient fous, pas que les juifs, tout le monde! La guerre terminée nous rongeait tous de l’intérieur.
J’aurai aimé te donner de bonnes nouvelles, te dire qu’après avoir basculé dans l’horreur, attendu vainement ton retour, nous nous sommes rétablis. Mais je ne peux pas. Sache que notre famille n’y a pas survécu. (p.72-73)

J’ai quatre-vingt-six ans et le double de ton âge quand tu es mort. Je suis une vieille dame aujourd’hui. Je n’ai pas peur de mourir, je ne panique pas. Je ne crois pas en Dieu, ni à quoi que ce soit après la mort. Je suis l’une des 160 qui vivent encore sur les 2500 qui sont revenus. Nous étions 76 500 juifs de France partis pour Auschwitz-Birkenau. Six millions et demi sont morts dans les camps. Je dîne une fois par mois avec des amis survivants, nous savons rire ensemble et même du camp à notre façon. Et je retrouve aussi Simone. Je l’ai vue prendre des petites cuillères dans les cafés et les restaurants, les glisser dans son sac, elle a été ministre, une femme importante en France, une grande figure, mais elle stocke encore les petites cuillères sans valeur pour ne pas avoir à laper la mauvaise soupe de Birkenau. S’ils savaient, tous autant qu’ils sont, la permanence du camp en nous. Nous l’avons tous dans la tête et ce jusqu’à la mort. (p.102-103)