J. Courtney Sullivan, Les Débutantes, Le Livre de Poche

Ça faisait un moment que j’avais repéré ce livre : des histoires de femmes, d’amitiés, et de féminisme, j’étais sûre que ça allait me plaire ! À l’occasion d’une petite virée chez Gibert Joseph, j’ai franchi le cap et je suis repartie avec un exemplaire, prise d’une grande impatience de découvrir ces quatre filles…

 

Ce que l’éditeur en dit : 

« Bree, Celia, April et Sally avaient quitté leurs chambres de bonne et emménagé à l’étage principal. Elles laissaient leurs portes ouvertes pendant la journée et criaient simplement pour se parler. Elles se vautraient sur les divans du salon après le repas du soir, se racontant des ragots et se lisant à voix haute des passages du New Yorker et de Vogue. »

Elles se sont connues et aimées à l’université de Smith, haut lieu de la culture féministe. Le temps, le mariage, la vie d’adulte les ont séparées, jusqu’à la disparition de l’une d’entre elles.
Face aux déceptions de l’existence, rien n’est plus précieux que les souvenirs et les amies des années de fac. Bree, Celia, April et Sally vont s’en rendre compte.

Si Les Débutantes est d’abord un hymne à l’amitié, c’est également une réflexion passionnante sur l’indépendance des femmes dans notre société. Une réussite. – Version Femina.

 

Ce qu’Elle en dit :

J’ai beaucoup aimé cette lecture, autant dans le fond que dans la forme si je puis dire. Les chapitres alternent la voix – et donc la vie – des quatre filles, avec pour chacune un ton et un rythme différent, ce qui empêche la lassitude que l’on peut parfois ressentir en suivant pendant 500 pages le même personnage (surtout s’il ou si elle nous sort par les yeux). Là vous êtes sûr de vous attacher au moins à l’une des héroïnes et de ne pas voir les pages passer !

Mais surtout ce livre m’a profondément touché car il aborde une étape de la vie que je suis précisément en train de vivre, c’est à dire ses rêves de jeunesse et les amitiés qui vont avec à l’épreuve de l’évolution de chacun et du poids insoupçonné que la « vraie vie » fait peser sur nos choix à la sortie de la scolarité.

Malgré une configuration très « à l’Américaine » (avec un campus comme on n’en connaît pas – ou peu – en France), on peut facilement se projeter dans la tête et la vie de ces quatre jeunes filles si attachantes. Le hasard les fait se rencontrer à une période de leur vie où elles commencent à s’émanciper du modèle parental et à se forger leur propre personnalité. Les liens amicaux qui se forgent avec les autres à cette période de notre vie sont, je trouve, particulièrement à part et souvent empreints d’une force qu’on a parfois du mal à retrouver. Comme Bree, Celia, April et Sally , c’est une période où on n’a pas ou peu d’obligations et de responsabilités. On a surtout à l’idée que tout est construire, qu’on peut prendre le chemin que l’on veut, qu’on peut devenir la personne que l’on souhaite devenir. Mais que se passe-t-il – une fois hors des murs sécurisants des écoles et face à la réalité de la vie – quand on doit changer ses plans, et même changer tout court?

Ce livre aborde ce point avec beaucoup de justesse : ces quatre filles se trouvent, se découvrent, à une période où elles sont en « construction », puis elles grandissent, changent, prennent des voies qui les éloignent géographiquement mais aussi dans l’essence même de leur personnalité. Parfois par choix, parfois parce que la vie ne leur laisse pas d’autres possibilités. Mais leurs amies d’école restent le reflet de celles qu’elles étaient à l’âge où elles avaient encore des rêves, ou des certitudes quant à ce qu’elles voulaient accomplir dans leur vie. Elles deviennent les unes pour les autres les instantanés des filles qu’elles étaient mais qu’elles ne sont plus, des instantanés qu’elles veulent préserver précieusement mais qui les confrontent parfois douloureusement à la différence entre ce qu’elles voulaient devenir et accomplir et leur « vraie vie » actuelle.

Une très belle lecture sur l’amitié à l’épreuve du temps, sur les rêves de jeunesse à l’épreuve de la vie, et sur la place des femmes à l’épreuve de la société américaine du XXe siècle.

 

Extraits choisis :

Et peut-être que c’était un peu idiot de croire qu’elle était toujours une priorité pour Sally, comme cela avait été le cas à Smith, quand il n’y avait presque rien qui pouvait détourner leur attention. À l’époque, elles disposaient de quantités de temps suffisantes pour pouvoir stocker dans leur mémoire les habitudes quotidiennes, les chansons préférées des unes et des autres. C’était un peu comme être amoureuse, mais avec en moins le poids d’avoir à choisir un seul cœur auquel se rattacher et la crainte de le perdre. (…) Peut-être que c’était impossible de reproduire ce genre de proximité dans la vraie vie. (p.91)

Depuis qu’elles étaient diplômées, l’indifférence dont les filles faisaient preuve à l’égard de tout ce qui ne touchait pas leurs vies sentimentales la dégoûtait. (…) Tout autour de la planète, des femmes étaient tourmentées, pourtant, si vous preniez la notion de sexisme au sérieux, vous passiez pour une raseuse, une idiote, voire une casse-couilles. Comment est-ce qu’on pouvait rester là à se la fermer? Pourquoi est-ce que tant de femmes ne faisaient rien? (p.154)

Ici, cela n’avait plus d’importance qu’elle soit sortie parmi le groupe des 3% en tête de sa promo en école de droit, ni qu’elle ait les moyens de se payer un appartement dans le beau San Francisco avec chambre d’amis, pas plus qu’elle ait très probablement foutu en l’air sa carrière en l’espace des trois dernières semaines. Ici, on l’adorerait toujours pour avoir construit un village en carton pour ses figurines She-Ra, pour s’être souvent levée de bonne heure afin de préparer un bol de céréales à son père avant le travail, et pour avoir convaincu ses frères de se laisser mettre du vernis à ongles sur les doigts de pied. Quand elle revint vivre chez ses parents, elle redevint instantanément cette version rajeunie et plus nature d’elle-même. (p.419-420)

Publicités

JK Rowling, J. Tiffany & J. Thorne, Harry Potter et l’Enfant Maudit (Parties Un et Deux), Gallimard

img_7801

AVIS CERTIFIÉ NO-SPOILER

Dire que j’aime Harry Potter serait un doux pléonasme qui ferait sourire tous ceux qui me connaissent bien.  Même si le mot ne me plaît pas trop, je pense pouvoir dire sans trop m’avancer que je suis une vraie fan de l’univers que JK Rowling a construit tout au long de cette aventure qui, comme beaucoup, m’a accompagné pendant toute mon adolescence et aura toujours une place à part dans ma bibliothèque (puisque je collectionne le premier tome dans toutes les langues) et dans mon cœur.

Quand j’ai entendu parler de cette pièce de théâtre pour la première fois et de l’édition qui en découlerait, je n’ai pourtant pas sauté au plafond, ni de joie en me disant que l’aventure continuait, ni en criant au scandale devant cet ersatz de suite « même pas écrite par Rowling ». J’ai pris du recul sur tout ce qu’il s’en disait, attendant de me faire ma propre opinion. Pour moi, la saga Harry Potter est terminée, c’est un cercle clos qui ne nécessite pas de suite, mais des bonus comme ça, pourquoi pas? Pourquoi cracher dans la soupe comme on dit chez moi?

C’est donc sans attente particulière, en étant presque déçue de ne pas être plus fébrile, que je me suis mise à la lecture de cette fameuse pièce de théâtre, et voilà ici ce que j’en ai pensé.

 

Ce qu’en dit l’éditeur :

Être Harry Potter n’a jamais été facile et ne l’est pas davantage depuis qu’il travaille au cœur des secrets du ministère de la Magie. Marié et père de trois enfants, Harry se débat avec un passé qui refuse de le laisser en paix, tandis que son fils Albus affronte le poids d’un héritage familial dont il n’a jamais voulu. Quand passé et présent s’entremêlent dangereusement, père et fils se retrouvent face à une dure vérité : les ténèbres surviennent parfois des endroits les plus inattendus.

 

Ce que j’en dit :

Tout d’abord je commencerai mon avis en disant que pour moi, ce n’est absolument pas « La huitième histoire ». Non mais comment voulez vous que ça soit la 8e histoire? L’histoire, comme je le disais, elle est terminée, et en beauté selon moi. Et les « 7 histoires » étaient des romans, écrits par JK Rowling. Seule. 400, 600, 700 pages d’immersion dans le monde magique de Poudlard. Donc comment ne serait-ce qu’imaginer que le texte d’une pièce de théâtre de 341 pages puisse faire partie de « l’Histoire » ? Les Fans d’Harry Potter qui s’attendent à ça vont forcément être déçus en s’imaginant qu’il s’agit là d’une « suite ».

Alors, une suite : non.
Un chouette bonus d’un univers qu’on aime et qu’on adore retrouver, un hommage même à la Saga : ça oui !

Pour moi Harry Potter et l’enfant maudit c’est exactement cela, un super bonus qu’on aurait tord de ne pas savourer pour ce qu’il est (un peu comme les films des Animaux Fantastiques qui s’annoncent). Si on aborde sa lecture sans y chercher « une suite » ou « la plume de JK Rowling » (qui, je le rappelle, a « seulement » eu l’idée de l’histoire mais n’a pas écrit la pièce) comment ne pas apprécier sa lecture?!
Comment ne pas sourire en retrouvant Poudlard? Harry? Hermione? Ron? La poudre de cheminette et la Forêt interdite? Impossible vous en conviendrez ! 🙂

Alors oui, l’histoire est parfois un peu tirée par les cheveux, mais franchement il serait vraiment dommage de bouder son plaisir de retrouver un petit peu de la magie qui nous a tant fait rêver. Pour moi c’était donc une lecture très agréable, avec un poil de nostalgie mais surtout beaucoup de sourires et une furieuse envie de voir la pièce « en vraie » parce que… mais enfin comment diable font-ils pour faire tout ça sur une scène?!

 

Extrait choisi :

LE CHOIXPEAU MAGIQUE
Au cours de tant de siècles, j’ai scruté les cerveaux,
J’ai lu dans les pensées des élèves nouveaux,

Année après année, j’ai joué ce rôle unique
Qui a fait mon renom, moi, le Choixpeau magique.

Au plus haut, au plus bas, j’ai choisi sans relâche,
Contre vents et marées, j’ai accompli ma tâche,
Posez-moi sur la tête, la voix de la raison
Révélera alors quelle est votre maison. (p.28)

 

Une petite vidéo avec des photos de la pièce de théâtre en Angleterre (attention, petits spoilers)

La cuisinière d’Himmler de Franz-Olivier Giesbert

img_3597

Ce qu’en dit l’éditeur :

Ceci est l’épopée drolatique d’une cuisinière qui n’a jamais eu peur de rien. Personnage loufoque et truculent, Rose a survécu aux abjections de cet affreux XXe siècle qu’elle a traversé sans rien perdre de sa sensualité ni de sa joie de vivre. Entre deux amours, elle a tout subi : le génocide arménien, les horreurs du nazisme, les délires du maoïsme. Mais, chaque fois, elle a ressuscité pour repartir de l’avant. Grinçant et picaresque, ce livre raconte les aventures extraordinaires d’une centenaire scandaleuse qui a un credo : « Si l’Enfer, c’est l’Histoire, le Paradis, c’est la vie ».

 

 

Ce que lui en dit

Une centenaire qui continue une activité loufoque et qui a côtoyé tous les grands chefs politiques du XXe siècle sans jamais être inquiétée, voilà qui est original…si cela n’avait pas déjà été fait dans Le vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire du suédois Jonas Jonasson !

En effet, nombreux sont les parallèles que vous pouvez établir entre les deux livres. Dans les deux cas, la chronologie alterne entre une affaire dans le présent et une épopée dans le passé. Dans les deux cas, les héros ont une destinée extraordinaire les amenant à rencontrer les personnes qui ont le plus marqués le siècle dernier (pas toujours les mêmes dans les deux livres, heureusement quand même !) et dans les deux cas, l’histoire qui se déroule au temps présent est assez caricaturale et ne fonctionne pas vraiment. [À ce sujet, la principale erreur de l’adaptation du film du suédois au cinéma a été de se concentrer sur l’histoire actuelle qui présente peu d’intérêt à côté du reste du livre. Mais bon, ça, c’est une autre histoire !].

Ne soyons pas de mauvaise foi, il y a bien entendu des différences entre les deux livres. Tout d’abord, la place de la famille dans le second qui est inexistante dans le premier. Rose agit en mère de famille et c’est son instinct protecteur et maternel qui la pousse à agir. De plus, Rose est consciente de ses actes. Elle est une tueuse aguerrie et elle agit toujours avec discernement. C’est tout l’inverse d’Allan, héros suédois qui se retrouve dans des situations invraisemblables sans jamais ne rien y comprendre. Et c’est là que repose la force du second sur le premier. En effet, le facteur comique est bien plus développé dans le livre de l’auteur suédois (ce qui explique aussi son plus grand succès) et ne se limite pas à l’histoire actuelle qui finit parfois par agacer tant elle semble avoir été écrite dans le but d’offrir une parenthèse de rire au lecteur.

En bref, ce livre n’est certainement pas le livre de l’année mais je dois dire qu’étant adepte de ces épopées modernes à la Forrest Gump, j’ai pris du plaisir à le lire. Même s’il est moins drôle et moins bien construit que son cousin suédois, il permet de passer un moment agréable et instructif car l’auteur semble s’être bien documenté afin de glisser des anecdotes. Celles-ci, bien qu’alourdissant parfois le style général (on se dit parfois « ah, il voulait nous la caser son anecdote ») permettent d’avoir une approche ludique du passé. Alors, si l’histoire vous plaît et que vous aimez les grandes épopées contemporaines, tentez votre chance !

La Vague, Todd Strasser, Pocket

lavague©Avisculturel

Je n’avais pas vraiment entendu parler de cette histoire de « Vague », j’avais vu passer une bande annonce de film il y a quelques années mais ça ne m’avait pas vraiment marqué. C’est en regardant une vidéo d’une Booktubeuse que j’aime bien qui travaille pour la plateforme « Glose », présentant des livres adaptés en films dans laquelle il était mentionné que j’ai eu envie d’en savoir un peu plus sur cette histoire, d’autant plus que l’une de mes sœurs est partie s’installée à quelques kilomètres de la ville où se sont déroulés les faits.

Je me suis d’abord renseigné sur internet sur ce fait divers réel qui s’est déroulé à Palo Alto en 1969, et ce que j’ai lu a achevé de me convaincre de lire ce livre. Une petite virée chez Gibert Jeune et je l’avais en main.

Ce qu’en dit l’éditeur :

Pour faire comprendre les mécanismes du nazisme à ses élèves, Ben Ross, professeur d’Histoire, crée un mouvement expérimental au slogan fort : « La Force par la Discipline, la Force par la Communauté, la Force par l’Action. » En l’espace de quelques jours, l’atmosphère du paisible lycée californien se transforme en microcosme totalitaire: avec une docilité effrayante, les élèves abandonnent leur libre arbitre pour répondre aux ordres de leur nouveau leader.

Quel choc pourra être assez violent pour réveiller leurs consciences et mettre fin à la démonstration.

Ce que j’en dit moi :

On s’est tous dit un jour que si nous avions vécu la guerre, nous aurions agi différemment. Il est aisé de s’imaginer en héros quand on est bien au chaud dans son canapé. Parfois, on est pris de plus de modestie et on se dit qu’on aurait peut être pas osé se rebeller, mais de la à aller jusqu’à dire qu’on aurait pris une part active dans l’application des idéaux nazis, je pense – j’espère ! – que personne ne se dit se genre de chose. Et pourtant, on ne sait et on ne saura jamais…

On sait très peu de choses sur ce qui s’est réellement passé dans ce lycée en 1969. La ville n’a à l’époque mentionné le fait que dans une brève du journal local et c’est beaucoup plus tard qu’on a su vaguement ce qui s’était passé. Là encore, rien de vraiment clair il reste – et restera peut être toujours – des zones d’ombre sur le pourquoi et surtout le comment de cette expérience glaçante. Je voulais lire ce livre pour en savoir plus et, malheureusement, je n’en n’ai pas vraiment appris davantage que ce que j’avais lu sur le net.

Il faut savoir que l’auteur, Todd Strasser, n’a pas consulté le professeur à l’origine de cet événement, ni aucun élèves du lycée pour écrire ce livre. C’est donc son interprétation des faits déjà connus. C’est intéressant car il se plonge dans le cerveau des élèves et surtout du professeur Ben Ross, et nous montre comment des idées aussi folles ont pu trouver une écoute et une légitimité dans la vie de ces personnes pendant cette semaine hors du temps.

On y suit des adolescents mal dans leur peau et ayant terriblement envie de sortir du lot, d’être différents, de changer le monde. On voit également un professeur, à la fois effrayé et captivé par ce qu’il parvient à faire et qui se laisse volontairement déborder par son expérience dans laquelle il endosse un rôle de leader tout puissant. L’évolution des personnages est bien faite et bien vue, on peu aisément s’imaginer que c’est effectivement ce qu’ont ressenti ces adolescents et ce jeune professeur.

Mais la brièveté du livre – dû, je vous l’accorde au fait que l’expérience réelle a duré moins d’une semaine – ne permet pas, à mon sens, d’aller assez loin dans l’analyse de ce qu’ont du ressentir ces élèves. Comme pour la trame Todd Strasser utilise les faits connus, je trouve qu’il aurait vraiment plus apporter beaucoup plus, avoir une valeur ajoutée plus importante en en faisant un roman psychologique plus poussé sur les combats intérieurs des personnages.  Si le début présente bien pourquoi les élèves ont pu être séduits par l’idéologie de puissance de La Vague, une fois le mouvement lancé l’auteur s’en tient surtout aux faits. Le personnage féminin que l’on suit, Laurie, qui est l’une des seules à chercher à contrer La Vague, est assez caricaturale, la bonne élève qui a tout compris et réussi à sauver son petit ami pourtant totalement embrigadé. Le personnage du professeur d’Histoire est, je trouve, le plus complet. On le sent vraiment se rendre compte qu’il dépasse les limites qu’il s’était fixées mais qu’il prend malgré lui un plaisir malsain à être le chef de la Vague. Il se persuade qu’il arrive toujours à garder une vision objective de ce qu’il est en train de créer, tout en se rendant compte que cela lui échappe mais sans pour autant qu’il cherche à redresser la barre : c’est pour lui aussi une véritable expérience qui lui fait se découvrir l’envie de pouvoir qui sommeille en lui comme en tout à chacun. Mais, surtout pour la fin, je pense que Todd Strasser aurait pu faire plus.

Attention, loin de moi l’idée de dire que ce livre est à éviter, bien au contraire ! C’est extrêmement intéressant de découvrir cette histoire vraie, qui paraît juste surréaliste et c’est grâce à Todd Strasser qu’elle est arrivée jusqu’à nous. Le livre étant une adaptation du fait réel et le film une adaptation du livre, mieux vaut se référer au livre pour avoir une idée de ce qui s’est réellement passé.

Bref un livre vraiment intéressant pour qui ne connaît pas l’histoire de cette « Vague », qui fait se poser des questions sur les leçons qu’on tire vraiment de l’Histoire, et sur l’insatiable volonté de puissance de l’espèce humaine.

Extraits choisis :

« Tu sais, je pensais qu’ils détesteraient ça, qu’on leur donne des ordres et qu’on les force à se tenir droit et à répondre du tac au tac. Eh bien, au contraire, on aurait dit qu’ils attendaient cela depuis toujours. Bizarre.
– Tu ne crois pas qu’ils prenaient tes exercices comme un jeu? Comme une compétition pour déterminer qui serait le plus rapide, qui se tiendrait le plus droit?
– Il y avait un peu de ça, c’est sûr. De toute façon, jeu ou pas jeu, ils pouvaient refuser de participer. Rien ne les y obligeait, mais ils le voulaient. (p.50)

« Personne ne trouve ça bizarre?
– Comment ça? fit David en se tournant vers elle.
– Je ne sais pas trop. Mais ça ne te semble pas un peu étrange?
– C’est très différent de tout ce qu’on a connu, c’est tout. voilà pourquoi ça te dérange.
– Ouais, confirma Brad. Maintenant il n’y a plus d’un côté le groupe cool et de l’autre les losers. Je te jure, le truc qui m’agace le plus au lycée, c’est toutes ces cloques. J’en ai marre d’avoir l’impression que ma vie n’est qu’un concours de popularité. C’est ça qui est si chouette avec la Vague. On s’en fout d’être populaire ou pas. On est tous égaux. tous membres de la même communauté.
– Et tu crois que ça plaît à tout le monde? s’enquit Laurie.
– Parce que tu conais quelqu’un à qui ça ne plaît pas? rétorqua David. (p.74)

La situation lui échappait et, quelque part, Ben soupçonnait que c’était sa faute. Cette agression sur un élève de seconde était terrible, incroyable. Comment pouvait-il justifier une expérience qui avait de telles conséquences? Mais il n’y avait pas que ça. Bien malgré lui, la défaite embarrassante de l’équipe de foot face à Clarkstown le perturbait. (…) Au cours de la semaine précédente, il avait fini par croire que, si l’équipe gagnait, sa victoire contribuerait à asseoir le succès de la Vague.
Mais depuis quand souhaitait-il cela? Le succès ou l’échec de la Vague n’était pas le but de l’expérience. Il n’était pas censé s’intéresser à la Vague en soir, mais aux leçons que ses élèves en tireraient. (p.115-116)

1Q84

1Q84

Voici plusieurs années maintenant que la trilogie de l’auteur japonais le plus lu du moment est achevée. As de la discrétion, c’est pourtant avec fracas que sort chaque nouvel opus de l’auteur nippon. Toutefois, ce n’est que récemment que j’ai eu l’idée de me plonger dans cette univers et de chercher à comprendre enfin ce qui ce cache derrière ce code.

Et je dois dire que je ne regrette pas…

Ce qu’en dit le résumé:

« Entre l’an 1984 et le monde hypnotique de 1Q84, les ombres se reflètent et se confondent. Unies par un pacte secret, les existence de Tengo et d’Aomamé sont mystérieusement nouées au seuil de deux univers, de deux ères. Une odyssée initiatique qui embrasse fantastique, thriller et roman d’amour, composant l’oeuvre la plus magistrale de Murakami ». 

Ce que Lui en dit:

Je dois dire que j’avais un peu peur au début. La trilogie se compose de trois livres entre 500 et 650 pages, je pensais ne jamais arriver au bout. Et pourtant… Il faut dire que le style est assez simple. La sophistication est dans l’histoire et non dans le style. Attention, loin de moi l’idée de dire que Murakami n’écrit pas bien, au contraire, l’auteur a le talent de raconter, ou peut être narrer serait plus juste, son histoire de la façon la plus simple et la plus directe. Et heureusement car le scénario est assez complexe, voire alambiqué…

Tout commence avec une jeune femme, belle, classe et déterminée qui choisit de sortir de son taxi au milieu du périphérique. Elle doit absolument rejoindre un hôtel pour une mission importante: tuer un homme. Et oui, cette jeune fille n’est autre qu’une tueuse à gage « à la Dexter » puisque ses victimes ont toutes un point commun, celui d’avoir maltraité des femmes.

Au chapitre suivant, on rencontre Tengo, jeune professeur de mathématiques et également écrivain. Ce n’est qu’au fil de l’histoire que l’on comprend le lien particulier qui relie les personnages entre eux.

Plusieurs thèmes sont abordés dans cette trilogie.

Bien sûr, il y a nécessairement une histoire d’amour, une attraction constante entre nos deux héros bien que l’on mette du temps à établir les liens entre eux (et je garde ici tout le suspense).

Bien sûr, il y a des scènes d’actions: n’est pas tueuse à gage qui veut et on se surprend à stresser pour l’héroïne lors de ses missions.

Mais d’autres thèmes sont abordés.

Tout d’abord, l’auteur fait intervenir différentes sectes et communautés religieuses qui ont une forte influence sur la vie de nos héros. Il interroge le rapport de l’individu au collectif et montre à quel point les croyances peuvent amener des pratiques dangereuses. En intégrant un groupe défini, les croyants s’excluent consciemment ou non du reste de la société et l’auteur montre les conséquences sur ces vies qui sont marginalisées.

C’est d’ailleurs par ce biais que Murakami aborde la question de la filiation. En effet, les parents d’Aomamé étaient adeptes de l’une de ces sectes et ont cherché à entraîner leur fille avec eux. Le père de Tengo, en fin de vie, est quant à lui la figure-type que l’on se représente d’un japonais élevant sans cesse son niveau d’exigence pour son fils afin de l’amener à l’excellence. Tengo doit alors faire face à un mur alors qu’il tente de renouer le contact avec lui. Les rapports de filiation entre les héros et leurs parents sont donc plutôt conflictuels et contrastent avec les relations parentales que les héros développent dans le livre à l’égard d’autres personnages.

Enfin, il y a bien entendu les éléments fantastiques. Comme le mentionne le résumé, il y a en réalité deux monde séparés, le monde en 1984 et le monde surnommé par Aomamé 1Q84. Voilà qui complexifie déjà les retrouvailles… N’étant pas un adepte du genre, je dois dire que j’ai d’abord eu peur de cette dimension fantastique. Si je vous dis que des petits hommes sortent de la bouche d’une chèvre et se mettent à grandir instantanément (!), nous sommes d’accord que cela parait assez difficile à relier à notre histoire. Et pourtant, Murakami parvient à le faire et à rendre cet univers incroyable crédible. Il crée un nouveau monde, une copie conforme du notre qui a pourtant ses propres règles et dans lequel le fantastique est monnaie courante. On se laisse conter cette histoire et on finit par ne plus se poser de questions, comme si l’auteur était parvenu à créer une normalité parallèle.

En bref, une trilogie longue mais simple et rapide à lire. Du suspense, de l’action, de l’amour… Il n’y a nulle raison pour que vous passiez vous aussi à côté du phénomène Murakami.

L’amour au temps du choléra, Gabriel Garcia Marquez, Le Livre de Poche

??????????

Publié en 1985, L’amour au temps du choléra a refait surface récemment en tête de rayon de nos librairies suite au décès de son auteur Gabriel Garcia Marquez. Ce dernier avait obtenu en 1982 le prix Nobel de littérature (rien que cela !) et est l’un des auteurs hispaniques les plus lus dans le monde. Alors, est-ce que ce livre vaut vraiment la peine d’être lu ?

 

CE QUE L’EDITEUR EN DIT

A la fin du XIXe siècle, dans une petite ville des Caraïbes, un jeune télégraphiste pauvre et une ravissante écolière jurent de se marier et de vivre un amour éternel. Durant trois ans ils vivent l’un pour l’autre, mais Fermina épouse Juvénal d’Urbino, un brillant médecin. Alors, Florentino, l’amoureux trahi, se mue en séducteur impénitent et s’efforce de se faire un nom et une fortune pour mériter celle qu’il ne cessera d’aimer, en secret, cinquante années durant. 

L’auteur de Cent ans de solitude et de Chronique d’une mort annoncée, prix Nobel 1982, donne libre cours à son génie de conteur, à la richesse de son imagination et à l’enchantement baroque de son écriture. 

 

CE QUE LUI EN DIT

L’amour, encore l’amour, toujours l’amour. Source inépuisable pour les écrivains n’est-ce pas ? Sujet risqué pouvant transformer votre œuvre en roman d’adolescente ou soupe mièvre pour vieille dame mais qui peut également en faire un chef-d’œuvre si tout est bien dosé. Et en terme de dosage, disons que Gabriel Garcia Marquez est un maître. N’est pas prix Nobel qui veut !

Tout comme dans son roman Cent ans de solitude,  Gabriel Garcia Marquez ne cherche pas uniquement à raconter une histoire. C’est avant tout un conteur qui pose une ambiance et grâce à des descriptions savamment orchestrées, qui parvient à nous transporter dans son univers. Impossible quand la chance vous a été donnée d’aller dans une île des Caraïbes de ne pas retrouver l’atmosphère des patios intérieurs où la végétation lutte contre les façades et où le soleil à son midi brûle l’inconscient qui s’y aventure.

La force de l’auteur est qu’il parvient à captiver le lecteur sans histoire. Certains amis me disaient quand je lisais ce livre que j’avais du courage car « il ne se passe rien dans ce bouquin ». C’est faux :

  • D’une part, l’auteur parvient à saisir toutes les évolutions dans le monde de ses personnages et c’est une leçon d’histoire des sciences, des techniques, des communications, des mentalités et des comportements que Gabriel Garcia Marquez offre à ses lecteurs. Dépassant l’idée que tout ce monde caribéen serait figé dans un âge d’or de la période coloniale, il parvient à montrer l’adaptation d’une population face à de nouveaux modes de vie et de nouvelles technologies.
  • D’autre part, l’auteur parle d’amour et ce sont certaines des plus belles pages de la littérature à ce sujet qui sont contenues dans ce livre. Gabriel Garcia Marquez dispose d’un nuancier complet allant de la passion irraisonnée à l’amour plus tendre et réfléchi des personnes âgées qui commencent à dresser le bilan de leur vie. En parlant d’amour, l’auteur évoque l’enivrement, la crainte, la trahison, l’espoir, le manque, le quotidien, le passage des années et construit une palette des émotions aux différents âges de la vie.

En bref, L’amour au temps du choléra n’est pas qu’un livre sur les amours possibles et impossibles de deux jeunes caribéens au XIXe siècle. C’est avant tout un livre qui nous permet de prendre de la hauteur par rapport aux sentiments et qui nous en apprend beaucoup sur l’homme, ses sensations, ses doutes, son rapport à la société et à ses bouleversements. Et il fallait bien un prix Nobel pour parvenir à condenser ces vies entières en moins de 450 pages….

Extrait bonus !

« Elle but tant d’anis qu’ils durent l’aider à monter l’escalier et fut prise d’un tel fou rire que tout le monde s’inquiéta. Lorsqu’elle parvint à le dominer, dans la douceur parfumée de la cabine, ils firent l’amour, sages et tranquilles tels deux petits vieux flétris, et ce souvenir devait rester dans leur mémoire comme le meilleur de ce fantastique voyage. Il ne se prenaient pas pour de jeunes fiancés, à l’inverse de ce que croyait le capitaine et Zenaida, et moins encore pour des amants tardifs. C’était comme s’ils avaient contourné le difficile calvaire de la vie conjugale pour aller tout droit au cœur même de l’amour. Ils vivaient en silence comme deux vieux époux échaudés par la vie, au-delà des pièges de la passion, au-delà des mensonges barbares du rêve et des mirages de la déception : au-delà de l’amour. Car ils avaient vécu ensemble assez de temps pour comprendre que l’amour est l’amour, en tout temps et en tout lieu, et qu’il est d’autant plus intense qu’il s’approche de la mort ».