CINÉ / Double avis sur Bridget Jones Baby

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On ne va plus très souvent au cinéma, au point que les cartes de places se périment au fond de notre sac. Mais pour cet hiver, on est bien décidé à se faire plus de toiles et quoi de mieux pour commencer cette bonne résolution que de retrouver un dimanche soir, Bridget Jones dans ses nouvelles aventures… Voici donc nos deux avis, tout chaud tout beau, à la sortie du film Bridget Jones Baby.

LUI :

Allez… Encore une comédie romantique pour faire plaisir à madame…
Bon, j’arrête la mauvaise foi masculine et je trahis le pacte secret entre tous les producteurs de testostérone dont je fais partie: les garçons aussi ça aime les comédies romantiques. Tant est si bien que lorsque j’ai vu que ma vieille copine Bridget revenait sur les écrans, c’est moi qui ait proposé à Elle d’aller la voir. Et je n’ai pas été déçu. Même si certains gags sont un peu inutiles, même si certains produits sont grossièrement placés (dédicace à Apple et Ed Sheeran…), l’attachement que l’on a naturellement pour les personnages anciens (Bridget of course, Marc Fitzwilliam (j’aime bien ce prénom…) Darcy et sa classe so british) mais aussi les nouveaux (Jack Quant ou encore la présentatrice du JT) fait que l’on passe obligatoirement un bon moment. On pourrait penser retrouver le format du journal avec la grossesse – en mode « journal d’une femme enceinte » – mais l’intrigue se joue vraiment autour des relations amoureuses de Bridget et de l’identité du père. Des sourires, du rire parfois, de l’émotion, des doutes, un bon moment de détente pour un dimanche soir réussi.

NOTE : 4/5

 

ELLE :

Quel plaisir de retrouver cette sacrée Bridget, ses gaffes et ses peines de cœur ! Égale à elle même, avec juste quelques années de plus (quel coup de vieux quand il repasse des images des premiers films, et pas seulement pour les acteurs…). Plaisir également à retrouver la galerie de personnages hauts en couleurs des débuts – une mère toujours aussi névrosée – bien que la bande des copains ne soient plus montrés qu’épisodiquement et laisse Bridget assez seule face à ses déboires. Heureusement des petits nouveaux viennent prendre la relève – notamment une présentatrice télé complètement et délicieusement fêlée – et apporter un peu d’air frais. Je ne rentrerais pas dans l’histoire pour ne pas spoiler mais disons que c’est du Bridget Jones comme on connait, avec des personnages attachants, des grosses barres de rire et quelques gags un peu trop tirés par les cheveux. Mais on pardonne, parce qu’on lui passerait n’importe quoi tant on est content de passer deux heures avec elle. Mention spéciale à Patrick Dempsey qui en fait juste assez pour être une caricature amusante du lover-écolo, mais pas trop non plus pour rester un personnage crédible et touchant. J’aurais juste aimé un peu plus d’indépendance féminine et d’audace dans la conclusion mais on a passé un très bon dimanche soir, requinqués de bonne humeur et d’amour pour affronter la semaine qui s’annonce !

NOTE : 4/5

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JR, un artiste engagé dans l’humain

Allez, je profite d’avoir un peu plus de temps pour vous faire partager mon goût pour un artiste de notre temps, à savoir JR.

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JR s’inscrit dans le street-art et est connu dans le monde entier grâce à ses affiches collées sur les murs. À seulement 32 ans, il s’agit peut être de l’artiste de street-art le plus connu aujourd’hui. Il met à profit cette célébrité en vue de vulgariser son art dans tous les pays du monde. La bâche sur la panthéon, c’est lui, les visages dans les immeubles en démolition de Clichy-sous-Bois, c’est lui, les posters géants des habitants sur les façades lézardées de Cuba, c’est encore lui. Celui qui aurait trouvé à 18 ans un appareil photo dans le métro parisien est aujourd’hui un des leaders de son art.

Afin de bien comprendre sa démarche, il faut revenir à l’essence même de son travail: l’affiche. JR aurait pu réserver son travail de photographe aux grandes galeries, travaillant sur les nuances de gris et donnant une plus ou moins grande humanité à ses sujets. Toutefois, c’est dans la rue qu’il expose, dans les villes qu’il offre son travail, dans les ruines qu’il inscrit des visages pour la postérité à défaut de l’éternité. Qu’elle soit publicitaire ou politique, l’affiche possède un statut particulier. Elle n’est pas seulement destinée à être vue, elle est avant tout destinée à être lue. Un message, plus ou moins direct s’en émane, que cela soit clairement indiqué sur l’affiche, ou que le spectateur doive le déduire par rapport à l’endroit où est posée cette affiche. Ce le cas de Portrait d’une génération réalisé entre 2004 et 2006. Ce travail, commencé avant les émeutes de Clichy-sous-Bois, met en scène les habitants des Bosquets. Les photos des habitants de ces cités jusqu’alors laissés pour compte furent placardés d’abord dans la cité des Bosquets, puis sur les murs de Paris. A la fois esthétique et percutant, le style de JR s’impose alors.

Voir le film: http://www.jr-art.net/fr/projets/portrait-dune-generation

imagesC’est en partie la couverture médiatique des émeutes des banlieues de Clichy-sous-Bois qui a popularisé auprès du grand public le travail de JR. Ces portraits d’une grande humanité évite tout pathos inutile. Sur le visage des habitants des cités en ruines, pas de larme bien au contraire. Des sourires, des grimaces, de la joie et de la spontanéité. Un pied de nez à la situation.

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À partir de ce travail, JR continue son oeuvre en optant pour des formats de plus en plus inédits et démesurés. En 2007, il réalise ce qui est alors la plus grande exposition de photographie illégale jamais réalisée, à savoir Face 2 Face. Ce projet, réalisé avec Marco vise à mettre face à face dans huit villes palestiniennes et israéliennes des portraits des habitants.

- 28 Millimetres, Face 2 Face - Pasting on the Separation wall ; Security Fence, Palestinian side, Bethlehem - march 2007 / © jr / Agence VU

Une fois encore, le caractère engagé de son action est évident. Par la photographie, JR entend donner la parole à ceux que l’on entend pas, des témoins silencieux de l’histoire, souvent laissés pour compte et qui ne parviennent pas à être considérés. Si le travail de JR présente une grande portée sociale, il est cependant dénué de tout message politique à proprement dit. Son objectif en tant que photographe n’est autre que de mettre la focale sur des individus et les inviter à entrer dans le débat. Dès lors, après avoir reçu le Ted Prize en 2011, il crée Inside Out, un projet d’art participatif permettant à chacun de recevoir son portrait et de le coller afin de défendre une cause. Son engagement social est encore révélé lors de son travail dans les favelas brésiliennes, projet à grande échelle une fois encore.

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JR s’engage aussi dans le combat pour la défense des femmes avec en 2010, le film présenté au festival de Cannes Women are heroes. Car JR est également réalisateur. En ce moment, en même temps qu’un projet avec Agnès Varda, il assure la sortie du film les Bosquets. Ce film se veut l’aboutissement du projet lancé au début des années 2010. En 2014, à la suite d’une collaboration entre JR, des danseurs du ballet de New York et de Lil Buck et des musiciens reconnus (Woodkid, Hans Zimmer entre autres), un ballet portant sur les émeutes de Clichy-sous-Bois / Montfermeil fut donné à New-York. Le principe du film n’est autre que d’amener la danse dans la ville. Les danseurs de New-York sont ainsi venus à Montfermeil afin d’exécuter leur ballet dans les lieux qui en ont inspiré l’histoire. Un résultat très poétique, comme en témoigne la bande annonce publiée il y a quelques mois sur le site de JR:

http://www.jr-art.net/fr/videos

Ainsi, dans tous ses projets, JR s’engage. Il s’agit d’un artiste engagé non pas dans un parti politique ou dans une organisation, mais d’un engagement dans l’humain et dans la dignité de ceux-ci. Sans prendre position, il ajuste son objectif sur des personnes qui n’ont pas d’autres moyens de s’exprimer. Il fait de ceux qui, considérés comme petits et insignifiants, des posters démesurés et en tant que géographe, lie un lieu à une individualité. Photographies soignées, visuels poétiques et engagements dans l’humain sont à la base du travail de JR, et perso, j’adore.

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