La Vague, Todd Strasser, Pocket

lavague©Avisculturel

Je n’avais pas vraiment entendu parler de cette histoire de « Vague », j’avais vu passer une bande annonce de film il y a quelques années mais ça ne m’avait pas vraiment marqué. C’est en regardant une vidéo d’une Booktubeuse que j’aime bien qui travaille pour la plateforme « Glose », présentant des livres adaptés en films dans laquelle il était mentionné que j’ai eu envie d’en savoir un peu plus sur cette histoire, d’autant plus que l’une de mes sœurs est partie s’installée à quelques kilomètres de la ville où se sont déroulés les faits.

Je me suis d’abord renseigné sur internet sur ce fait divers réel qui s’est déroulé à Palo Alto en 1969, et ce que j’ai lu a achevé de me convaincre de lire ce livre. Une petite virée chez Gibert Jeune et je l’avais en main.

Ce qu’en dit l’éditeur :

Pour faire comprendre les mécanismes du nazisme à ses élèves, Ben Ross, professeur d’Histoire, crée un mouvement expérimental au slogan fort : « La Force par la Discipline, la Force par la Communauté, la Force par l’Action. » En l’espace de quelques jours, l’atmosphère du paisible lycée californien se transforme en microcosme totalitaire: avec une docilité effrayante, les élèves abandonnent leur libre arbitre pour répondre aux ordres de leur nouveau leader.

Quel choc pourra être assez violent pour réveiller leurs consciences et mettre fin à la démonstration.

Ce que j’en dit moi :

On s’est tous dit un jour que si nous avions vécu la guerre, nous aurions agi différemment. Il est aisé de s’imaginer en héros quand on est bien au chaud dans son canapé. Parfois, on est pris de plus de modestie et on se dit qu’on aurait peut être pas osé se rebeller, mais de la à aller jusqu’à dire qu’on aurait pris une part active dans l’application des idéaux nazis, je pense – j’espère ! – que personne ne se dit se genre de chose. Et pourtant, on ne sait et on ne saura jamais…

On sait très peu de choses sur ce qui s’est réellement passé dans ce lycée en 1969. La ville n’a à l’époque mentionné le fait que dans une brève du journal local et c’est beaucoup plus tard qu’on a su vaguement ce qui s’était passé. Là encore, rien de vraiment clair il reste – et restera peut être toujours – des zones d’ombre sur le pourquoi et surtout le comment de cette expérience glaçante. Je voulais lire ce livre pour en savoir plus et, malheureusement, je n’en n’ai pas vraiment appris davantage que ce que j’avais lu sur le net.

Il faut savoir que l’auteur, Todd Strasser, n’a pas consulté le professeur à l’origine de cet événement, ni aucun élèves du lycée pour écrire ce livre. C’est donc son interprétation des faits déjà connus. C’est intéressant car il se plonge dans le cerveau des élèves et surtout du professeur Ben Ross, et nous montre comment des idées aussi folles ont pu trouver une écoute et une légitimité dans la vie de ces personnes pendant cette semaine hors du temps.

On y suit des adolescents mal dans leur peau et ayant terriblement envie de sortir du lot, d’être différents, de changer le monde. On voit également un professeur, à la fois effrayé et captivé par ce qu’il parvient à faire et qui se laisse volontairement déborder par son expérience dans laquelle il endosse un rôle de leader tout puissant. L’évolution des personnages est bien faite et bien vue, on peu aisément s’imaginer que c’est effectivement ce qu’ont ressenti ces adolescents et ce jeune professeur.

Mais la brièveté du livre – dû, je vous l’accorde au fait que l’expérience réelle a duré moins d’une semaine – ne permet pas, à mon sens, d’aller assez loin dans l’analyse de ce qu’ont du ressentir ces élèves. Comme pour la trame Todd Strasser utilise les faits connus, je trouve qu’il aurait vraiment plus apporter beaucoup plus, avoir une valeur ajoutée plus importante en en faisant un roman psychologique plus poussé sur les combats intérieurs des personnages.  Si le début présente bien pourquoi les élèves ont pu être séduits par l’idéologie de puissance de La Vague, une fois le mouvement lancé l’auteur s’en tient surtout aux faits. Le personnage féminin que l’on suit, Laurie, qui est l’une des seules à chercher à contrer La Vague, est assez caricaturale, la bonne élève qui a tout compris et réussi à sauver son petit ami pourtant totalement embrigadé. Le personnage du professeur d’Histoire est, je trouve, le plus complet. On le sent vraiment se rendre compte qu’il dépasse les limites qu’il s’était fixées mais qu’il prend malgré lui un plaisir malsain à être le chef de la Vague. Il se persuade qu’il arrive toujours à garder une vision objective de ce qu’il est en train de créer, tout en se rendant compte que cela lui échappe mais sans pour autant qu’il cherche à redresser la barre : c’est pour lui aussi une véritable expérience qui lui fait se découvrir l’envie de pouvoir qui sommeille en lui comme en tout à chacun. Mais, surtout pour la fin, je pense que Todd Strasser aurait pu faire plus.

Attention, loin de moi l’idée de dire que ce livre est à éviter, bien au contraire ! C’est extrêmement intéressant de découvrir cette histoire vraie, qui paraît juste surréaliste et c’est grâce à Todd Strasser qu’elle est arrivée jusqu’à nous. Le livre étant une adaptation du fait réel et le film une adaptation du livre, mieux vaut se référer au livre pour avoir une idée de ce qui s’est réellement passé.

Bref un livre vraiment intéressant pour qui ne connaît pas l’histoire de cette « Vague », qui fait se poser des questions sur les leçons qu’on tire vraiment de l’Histoire, et sur l’insatiable volonté de puissance de l’espèce humaine.

Extraits choisis :

« Tu sais, je pensais qu’ils détesteraient ça, qu’on leur donne des ordres et qu’on les force à se tenir droit et à répondre du tac au tac. Eh bien, au contraire, on aurait dit qu’ils attendaient cela depuis toujours. Bizarre.
– Tu ne crois pas qu’ils prenaient tes exercices comme un jeu? Comme une compétition pour déterminer qui serait le plus rapide, qui se tiendrait le plus droit?
– Il y avait un peu de ça, c’est sûr. De toute façon, jeu ou pas jeu, ils pouvaient refuser de participer. Rien ne les y obligeait, mais ils le voulaient. (p.50)

« Personne ne trouve ça bizarre?
– Comment ça? fit David en se tournant vers elle.
– Je ne sais pas trop. Mais ça ne te semble pas un peu étrange?
– C’est très différent de tout ce qu’on a connu, c’est tout. voilà pourquoi ça te dérange.
– Ouais, confirma Brad. Maintenant il n’y a plus d’un côté le groupe cool et de l’autre les losers. Je te jure, le truc qui m’agace le plus au lycée, c’est toutes ces cloques. J’en ai marre d’avoir l’impression que ma vie n’est qu’un concours de popularité. C’est ça qui est si chouette avec la Vague. On s’en fout d’être populaire ou pas. On est tous égaux. tous membres de la même communauté.
– Et tu crois que ça plaît à tout le monde? s’enquit Laurie.
– Parce que tu conais quelqu’un à qui ça ne plaît pas? rétorqua David. (p.74)

La situation lui échappait et, quelque part, Ben soupçonnait que c’était sa faute. Cette agression sur un élève de seconde était terrible, incroyable. Comment pouvait-il justifier une expérience qui avait de telles conséquences? Mais il n’y avait pas que ça. Bien malgré lui, la défaite embarrassante de l’équipe de foot face à Clarkstown le perturbait. (…) Au cours de la semaine précédente, il avait fini par croire que, si l’équipe gagnait, sa victoire contribuerait à asseoir le succès de la Vague.
Mais depuis quand souhaitait-il cela? Le succès ou l’échec de la Vague n’était pas le but de l’expérience. Il n’était pas censé s’intéresser à la Vague en soir, mais aux leçons que ses élèves en tireraient. (p.115-116)

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