Cher pays de notre enfance. Enquête sur les années de plomb de la Ve République

thumb_IMG_5183_1024Comme l’année dernière, Elle s’est rendue au festival de la BD d’Angoulême dans le cadre de son travail et comme l’année dernière, Elle a pensé à Lui  et a pioché dans ses économies pour lui en ramener un souvenir. Une tradition est née qu’il va bien sûr falloir faire perdurer! (le message est -il assez explicite?!).

Dans le cru de cette année, c’est la bande dessinée d’Etienne Davodeau et de Benoît Collombat Cher pays de notre enfance. Enquête sur les années de plomb de la VRépblique qui a retenu mon attention. M’intéressant plutôt fortement à tout ce qui touche à l’histoire et au domaine politique, Elle savait bien qu’elle ne prenait pas trop de risque…

Ce qu’en dit la 4eme de couverture: 

Etienne Davodeau est auteur de bande dessinée. Benoit Collombat est grand reporter à France Inter. L’un est né en 1965, l’autre en 1970. Ils ont grandi sous la Ve République fondée par le Général de Gaulle dans un pays encore prospère, mais déjà soumis à la « crise ». 

L’Italie et l’Allemagne ne sont pas les seules nations à subir la violence politique. Sous les présidences de Pompidou et Giscard d’Estaing, le pays connaît aussi de véritables « années de plomb » à la française. 

Dans ces années-là, on tue un juge trop gênant. On braque des banques pour financer des campagnes électorales. On maquille en suicide l’attentat d’un ministre. On crée de toutes pièces des milices patronales pour briser les grèves. On ne compte plus les exactions du Service d’Action Civique (le SAC), la milice du parti gaulliste, alors tout-puissant. Cette violence politique, tache persistante dans l’ADN de cette Ve République à bout de souffle, est aujourd’hui largement méconnue. 

En sillonnant le pays à la rencontre des témoins directs des évènements de cette époque – députés, journalistes, syndicalistes, magistrats, policiers ou encore anciens truands – , en menant une enquête approfondie, Etienne Davodeau et Benoît Collombat nous révèlent l’envers sidérant du décor de ce qui reste, malgré tout, le cher pays de leur enfance…

Ce que Lui en dit:

Ce qui frappe en premier avec cette bande dessinée, c’est la couverture. Sous le traits d’Etienne Davodeau, on reconnaît le portrait officiel du Général De Gaulle dans la bibliothèque du palais de l’Elysée, à la différence que le costume et le visage de l’ancien président sont tachés de sang. Ce sang rouge vif est d’ailleurs la seule trace de couleur présente dans l’ensemble de ce travail. Le ton est donné et la désacralisation des instances de gouvernance entamée.

Vivant au pays des bisounours et à mille lieux de toutes manoeuvres et stratégies politiciennes, autant dire que cette bande dessinée m’a ramené sur Terre. Les deux auteurs privilégient le mode de l’enquête, ce qui permet au passage de rappeler que certaines affaires traitées dans leur oeuvre n’ont pas encore été jugées. La démarche est pertinente, le dessinateur n’hésite pas à se représenter avec son ami journaliste dans les salons des personnes interrogées. De plus, il arrive que les deux comparses fassent des apartés à destinations des lecteurs un peu trop jeunes comme moi qui ne maîtrisent pas vraiment tout le contexte (autant je connais les principaux hommes politiques, autant les secrétaires d’Etat et autres présidents de collectivités locales j’ai plus de mal). Le dessin est très agréable et réaliste. Les personnages se retrouvent représentés sous des traits simplifiés en nuances de gris et sont aisément reconnaissables. Le seul rictus des lèvres de Charles Pasqua permet ainsi de l’identifier. Des pièces à conviction, des rapports et autres documents d’archives sont reproduits comme des fac-similés au fil de l’histoire, lui donnant plus de véracité. Les preuves s’accumulent.

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L’enquête a pour mérite de mettre au jour des éléments totalement méconnus (du moins par moi), à commencer par l’existence même du SAC (Section d’Action Civique). Une sorte de milice secrète du parti gaulliste avec des ramifications à toutes les échelles comme une mafia. Après un bref topo par les auteurs sur ce qu’était l’organisation, l’enquête aborde l’assassinat du juge Renaud. En 1975, pour la première fois depuis l’occupation, un magistrat français est assassiné en pleine rue. Or, très rapidement, les auteurs établissent un lien avec le SAC. Ce n’est alors que la première des affaires évoquées. Sans tout dévoiler, les auteurs parviennent à montrer des liens entre l’organisation et le braquage de banques, la françafrique, les violences envers les syndicalistes, les intimidations envers les journalistes et même le meurtre de Robert Boulin, ministre du travail en exercice dont la mort aurait été maquillée en suicide par les membres de l’organisation. Autant dire ce n’est pas du joli-joli et que cela entache très nettement le personnel politique prêt à de nombreuses bassesses, voire même des crimes pour obtenir ou conserver le pouvoir. De de Gaulle à Sarkozy, en passant par Chirac, on se rend compte que l’accession aux plus grandes responsabilités se fait aussi par la détention de dossiers compromettants sur ses adversaires. Heureusement, les auteurs interrogent des membres de la caste politique restés droits et qui ont voulu dénoncer les actions du SAC. On peut même dire que la BD rend hommage à ceux qui, par leur action, se sont mis en danger, ont été menacés et ont même perdu la vie. Si cette enquête dévoile des pratiques occultes, elle fait aussi attention à ne pas sombrer dans la simplification abusive du « tous pourris ».

Au final, Cher pays de notre enfance se révèle être une enquête réussie et très instructive sur les heures sombres de la cinquième république. On a parfois du mal à se repérer dans les personnages interrogés, le SAC ayant agi à toutes les échelles et certains responsables politiques étant inconnus pour les plus jeunes. Toutefois, il serait injuste de reprocher aux auteurs d’avoir collecté un trop grand nombre de sources orales convergentes, toutes aussi accablantes envers la classe politique. Quand l’Etat, garant selon la constitution de la liberté de la justice, de la sécurité individuelle et collective manoeuvre dans l’intérêt des plus forts, la confiance aveugle dans le système institutionnel ne peut être maintenue. De quoi faire réfléchir en ce moment où plusieurs lois sont adoptés à l’encontre des lanceurs d’alerte…

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