Miss Alabama et ses petits secrets, Fannie Flagg, Pocket

Miss Alabama ©Avis Culturel

Dans ma famille, le film « Beignets de tomates vertes » est un peu une référence, un classique qui nous émeut beaucoup. Quand j’ai appris qu’il était issu d’un livre j’ai voulu voir ce que ça donnait mais, plutôt que de lire celui-là j’ai préféré lire un autre roman de la même auteur, Fannie Flagg.

J’ai jeté mon dévolu sur « Miss Alabama et ses petits secrets » sur le fameux critère de la couverture.

 

Ce qu’en dit l’éditeur:

Il est loin le temps où Maggie représentait fièrement l’Alabama, au concours de Miss America. À 60 ans, fatiguée, elle pense avoir connu le meilleur de la vie et s’apprête à mettre fin à ses jours, sur la pointe des pieds, sans gêner personne. Seulement il fallait que Brenda téléphone à ce moment-là. Deux places pour un spectacle de derviches tourneurs, dans huit jours, ça ne se refuse pas… Pour faire plaisir à son amie, Maggie accepte de retarder l’échéance d’une semaine. Et ces quelques jours vont lui montrer que l’existence a encore beaucoup plus à lui offrir qu’elle ne le croyait…

 

Ce qu’Elle en dit:

Avis pour le moins mitigé sur ce livre… J’ai à la fois passé un bon moment en compagnie de ces héroïnes ordinaires très attachantes, mais en même temps j’ai trouvé le rythme vraiment trop lent.

On retrouve l’atmosphère des « Beignets de tomates vertes », des femmes fortes qui se battent pour s’en sortir seules, et un portrait sans concession d’une Amérique encore marquée par le poids de son histoire et de l’opposition entre ses états autour de la question de la ségrégation, l’Alabama ayant été un des états les plus violents envers la population noire lors dans les années 50/60. C’est, je trouve, la grande force de ce livre.

Mais pour ce qui est de la trame en elle-même, c’est finalement assez « light » : La volonté de mettre fin à sa vie de Maggie – qui reste le fil conducteur du roman – n’apporte rien à l’histoire, et on s’attend longtemps à une révélation qui justifierait cet acte, alors qu’il n’est motivé que par une extrême lassitude de la vie. Le récit en parallèle à l’histoire principale, de la rencontre entre Maggie et Hazel – une naine stupéfiante d’une générosité sans faille qui a créé l’agence immobilière et y a engagé Maggie et ses deux collègues Betty et Ethel et est décédée quelques années plus tôt – apporte un vent nouveau à l’histoire initiale mais là encore, elle n’est pas là pour révéler un secret en particulier, juste pour présenter un personnage 100% positif, sorte d’ange gardien qui a guidé Maggie toute sa vie.
Même l’opposition entre Maggie, Betty et Ethel contre Babs, une horrible agent immobilière prête à tout qui n’a aucun scrupule à vendre les vieilles maisons à l’origine de l’âme de la ville à un faux couple d’acheteurs pour finalement les revendre à des grands groupes commerciaux pour qu’ils y construisent des nouveaux magasins, donne plus de corps au récit et plus d’humour aussi car Babs à le don de pousser hors d’elles les trois femmes de l’Agence d’Hazel pourtant proprettes sous tout rapport. Mais pas de quoi créer non plus une grosse tension.
Même la découverte d’un mystérieux squelette dans une malle ne crée pas un raz de marée dans la vie de Maggie – juste vaguement un petit remous, une nouvelle perturbation dans son plan de départ – mais est propice à se pencher sur l’histoire de la ville et de ses premiers habitants, plutôt qu’à renforcer la tension dans l’intrigue principale.

Bon, bon, bon… je sens bien que mon avis ne sonne pas positif mais étrangement, j’ai quand même trouvé la lecture de ce livre agréable car, une fois qu’on comprend que les « secrets » de cette Miss Alabama  (le titre du livre en français est d’ailleurs mal choisi, il aurait peut être mieux valu garder le titre initial « I still dream about you ») sont loin d’être le cœur du livre, on se surprend à apprécier simplement de suivre ces femmes, à s’imprégner de l’ambiance dans laquelle elles évoluent, et à les voir reprendre le dessus sur leur vie, et à découvrir par leur histoire l’histoire d’une ville, et plus largement de son état.

En résumé, un livre simple qui ne vous fera sans doute ni frissonner ni rire aux éclats, mais qui vous donnera de vrais sourires et vous laissera une belle impression de quiétude.

 

Extraits choisis:

On finit par avoir la tête qu’on mérite, paraît-il, et, dans le cas de Babs, c’était vrai. Quelqu’un (Ethel) avait déclaré un jour qu’elle ressemblait à un rat d’égoût en tailleur deux-pièces. Faute d’être aimable, c’était assez précis. Avec ses petits yeux de fouine, son crâne pointu et son long nez fin, elle avait vraiment tout du rongeur. (…) Outre son allure, Ethel détestait aussi son âpreté au gain, et le style déplorable de ses annonces, en grandes lettres agressives:
VITE ! VITE ! VITE ! À SAISIR IMMÉDIATEMENT ! ON NE MARCHE PAS, ON COURT ! APPORTEZ VOTRE BROSSE À DENTS !
Maggie employait un langage plus subtil, du type « vous allez tomber amoureux », « l’élégance du patrimoine », « la maison où vos rêves prennent vie », « le nouveau chez-soi qui n’attend que vous ». (p.55/56)

Il n’y avait pas deux façons de considérer la même chose: Maggie était semblable à un carton de lait dont la date de péremption approchait dangereusement. (p.146)

Harry s’envola pour Milwaukee deux jours après les obsèques pour ne jamais revenir à Birmingham. Gardant le contact avec sa famille, l’agence apprit qu’il restait prostré dans sa chambre. Maggie savait ce qu’il ressentait. Il leur manquait à toutes cet inépuisable concentré d’énergie d’un mètre deux, cette fête ambulante qui les avait amusées, diverties, encouragées, dynamisées, consolées, parfois exaspérées aussi, mais qui, surtout, leur avait donné à chacune l’impression d’être unique. Hazel faisait partie de ces êtres improbables qui, sortant du ventre de leur mère, sont prêts à toucher terre et partir au galop. Ceux dont on n’est pas sûr de croiser un jour le chemin. (p.316)

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