Le Secret du mari, Liane Moriarty, Albin Michel

Le Secret du mari ©Avisculturel

Parfois il n’y a pas de contexte à la lecture d’un livre, on est juste passé devant un livre – dont on n’a pas encore entendu parlé et dont on ne connaît même pas l’auteur – dans une librairie, on s’est arrêté pour jeter un coup d’œil résumé, et bien qu’on ait déjà une tonne de livres qui attendent bien sagement à la maison qu’on vienne les découvrir, on se décide de repartir avec.

C’est ce qui s’est passé avec « Le Secret du mari ». Je suis passée devant et… pourquoi pas?!

 

Ce qu’en dit l’éditeur :

Tous les maris – et toutes les femmes – ont leurs secrets. Certains peuvent être dévastateurs.

Jamais Cécilia n’aurait dû trouver cette lettre dans le grenier. Sur l’enveloppe jaunie, quelques mots de la main de son mari : « À n’ouvrir qu’après ma mort. » Quelle décision prendre? Respecter le vœu de John-Paul, qui est bien vivant? Ou céder à la curiosité au risque de voir basculer sa vie?

Numéro 1 sur la liste des best-sellers du New York Times pendant près d’un an, vendu dans 35 pays, Le Secret du mari est un phénomène d’édition. Ce roman intense, pétillant, plein d’humanité allie suspense et émotion jusqu’à la dernière page. Un livre bouleversant qu’on oublie pas.

« Un Secret si formidable qu’on ne peut le garder pour soi. » USA Today

 

Ce que j’en dis moi :

Alors tout d’abord, rendons justice à Liane Moriarty : contrairement à ce qu’indique le résumé, son roman ne se concentre pas seulement autour du choix de Cécilia, même s’il a un impact sur les autres personnages, mais également sur le destins de deux autres femmes : Rachel et Tess.

Rachel est une femme d’un certain âge marquée à tout jamais par le meurtre non résolu de sa fille de 17 ans, Janie. Elle a depuis le drame délaissé son fils, Rob, qu’elle estime maintenant à la merci d’une belle-fille qu’elle déteste – mais vit une forte relation avec son petit fils Jacob. Mais un midi, Rob lui apprend que sa femme a trouvé un travail à New York et que toute la petite famille va donc partir à l’autre bout du monde (l’histoire se déroule en Australie). Le coup de grâce pour Rachel qui va se plonger encore davantage dans les souvenirs de son enfant perdu.
Le personnage de Rachel est extrêmement touchant, mais nous fait également parfois sourire – notamment avec la mauvaise foi évidente dont elle fait preuve à l’égard de sa belle-fille – « Si j’ai aimé les macarons que ta femme m’a offerts? Non trop sucrés pour moi » répond-elle a son fils alors qu’elle s’est enfilée la boîte en une soirée -, lui reprochant surtout, sans vraiment se l’avouer, d’être vivante et de vivre tout ce que sa propre fille ne vivra jamais. Car la vie de Rachel s’est arrêtée le jour où sa fille a été retrouvé morte et elle se repasse inlassablement dans la tête le film de cette journée, ce moment où elle devait aller chercher sa fille après les cours et les 7 minutes de retard qu’elle a eues et dont elle ne connaîtra jamais l’impact sur la mort de sa fille.

 

Tess, elle, une grande timide qui voit son monde s’effondrer lorsque son mari et sa cousine – qui est pour elle comme sa sœur, sa meilleure amie, son double – lui apprennent qu’ils sont tombés amoureux. Rien que ça ! Tess embarque alors son fils, Liam, et retourne chez sa mère dans la ville où vivent donc Rachel et Cécilia. L’occasion pour elle de faire le point sur sa vie, sur son couple, et également de retrouver un amour de jeunesse, Connor, devenu professeur de sport dans l’école où elle décide d’inscrire Liam.
Le personnage de Tess est, pour moi le moins touchant, bien que sa situation ne fasse pas rêver : trahie par les deux grands amours de sa vie, elle n’a rien vu venir et n’a plus rien à quoi se raccrocher. Mais elle reste quand même le personnage dont les problèmes sont les moins graves et qui finalement arrive à saisir les nouvelles opportunités qui s’offrent à elle, ce nouveau départ. Avec l’aide de Lucy, sa mère qui ne mâche pas ses mots, elle remonte peu à peu la pente et décide de porter un regard neuf sur la femme qu’elle est en tant qu’être humain et non en tant qu’épouse. Le personnage de Tess apporte beaucoup de questionnements sur la possibilité de longévité de l’amour, de comment le faire durer et de comment accepter son évolution après 10 ans de mariage : Tomber amoureuse. Sans problème. Il n’y a rien de plus facile. C’est à la portée de tous. Le vrai défi avec l’amour, c’est de le faire durer.

Et enfin j’ai gardé la meilleure – pour moi – pour la fin : Cécilia. La fameuse Cécilia, cette femme forte qui porte sa famille, s’investit dans la communauté, dans l’école, anime avec brio des réunions Tupperware (!) et aime son mari profondément. Mais – grâce à une narration à la fois en extérieur et dans sa tête – on voit ce qu’il y a derrière le masque, une femme tellement normale, qui cherche juste à faire du mieux qu’elle peut pour sa famille et ses proches et qui pour y arriver n’a pas trouvé d’autres solutions que de devenir une super organisatrice maniaque du contrôle. D’extérieur elle donne donc l’image d’une femme forte, une amazone dont les enfants et le mari ont intérêt à filer doux, mais on voit à l’intérieur tous ses doutes, sa fatigue, sa lassitude mais aussi et surtout son amour inconditionnel pour chacun des membres de sa famille. Et c’est Cécilia qui de toutes voit le plus ses certitudes éclater en morceaux.
Ce qui la rend si intéressante pour moi c’est qu’elle est la seule qui doit faire véritablement des choix – puisque Rachel a subit la mort de sa fille et que Tess a subit l’amour naissant entre son mari et sa cousine. Cécilia – du moins au début mais je ne veux pas en dire trop – doit choisir de savoir ou non : ouvrir cette lettre ou ne pas ouvrir cette lettre.
Elle n’est pas directement dans une situation de victime et mais tente de faire face en se posant les vraies questions et en tentant d’assumer ses choix, même si elle a conscience qu’ils sont moralement reprochables. On suit son cheminement pesant avec elle les pour et les contre de ses décisions, on a beau en trouver certaines immorales, on ne peut qu’être d’accord avec elle et se dire : « oui, j’ai beau dire que je ne ferais pas fait ça dans son cas, j’aurais en réalité certainement agit de la même façon qu’elle, pour le bien ma famille plutôt que pour ma propre bonne conscience. »

Durant tout le livre, on suit chacune de ces femmes, chapitre après chapitre, et leur destin vont inexorablement finir par se croiser, se lier jusqu’à une fin terrible où chacune consciemment ou non, aura sa part de responsabilité.

Et les hommes dans tout ça? Et bien justement si elles ne devaient pas toujours réparer leurs erreurs, elles n’en seraient pas là les pauvres!

Une histoire digne de Desperate Housewives, une histoire de femmes, parfois drôles parfois tristes mais toujours vraies, dont on franchit le seuil des maisons pour y découvrir que derrière les rideaux, leur vie n’est pas un long fleuve tranquille.

 

Extraits choisis :

(Petit texte avant le début du livre, un peu long mais j’ADORE)
Pauvre, pauvre Pandore. Zeus lui confie une mystérieuse jarre et l’envoie ici-bas pour épouser Épiméthée, un type passablement intelligent qu’elle n’a jamais vu de sa vie. Personne ne lui dit de ne pas ouvrir la jarre. Bien évidemment, elle l’ouvre. De toute façon, elle n’a rien d’autre à faire. Comment pouvait-elle savoir que les maux les plus vils s’en échapperaient pour tourmenter l’humanité à jamais, et que seul l’espoir y resterait enfermé? Une étiquette de mise en garde, c’était trop demander?
Ensuite, tout le monde y va de son petit commentaire :  » Ah, Pandore! N’as-tu donc aucune volonté? Petite fouineuse, on t’avait bien dit de ne pas l’ouvrir, cette boîte. Typiquement féminin , cette curiosité dévorante. Regarde ce que tu as fait. » Alors, primo, c’était une jarre, pas une boîte; et deuzio – combien de fois va-t-il falloir qu’elle le répète? -, personne ne lui avait dit de ne pas l’ouvrir!

Depuis quelques années, le mot « organisé » semblait définir Cécilia à la perfection. Sa notoriété – toute relative – se fondait entièrement sur sa capacité à tout organiser. Curieusement, ce qui lui avait d’abord valu commentaires et autres taquineries de sa famille et de ses amis était devenu une seconde nature, au point qu’à présent sa vie était incroyablement organisée. Si être mère de famille était un sport, Cécilia serait championne olympique. – p.25/26

« Comment les hommes en sont-ils venus à dominer le monde? » s’était-elle étonnée au téléphone avec sa sœur Bridget le matin même, à la suite d’un texto de John-Paul qui avait trouvé le moyen de perdre les clés de sa voiture de location à Chicago. (…)
« Ils sont balèezs en construction, avait répondu Bridget. Les ponts, les routes. Je veux dire, tu saurais construire une hutte, toi? Une hutte toute bête, en terre?
– Mais oui, sans problème.
– Pfff, tu en serais bien capable! Cela dit, les hommes ne dominent pas le monde. Je te rappelle que notre Premier ministre est une femme. Et toi! Tu régentes bien ton monde! Ta famille, l’école. Tu règnes même sur l’empire Tupperware! – p.30/31

Tomber amoureux. N’étaient-ils pas trop vieux pour s’exprimer ainsi? À vingt ans, on évoque ses sentiments avec tant de gravité! Amusant, non? Car au fond, tout cela n’est que… chimique! Hormonal! Une vue de l’esprit! Elle aurait pu tomber amoureuse de Connor. Sans problème. Il n’y a rien de plus facile. C’est à la portée de tous. Le vrai défi avec l’amour, c’est de le faire durer. – p.382

Will, lui, détestait la country.
Elle comprenait pourquoi elle avait adoré faire l’amour avec Connor : fondamentalement, ils étaient étrangers l’un à l’autre. Il était « autre ». De ce fait, leurs corps, leurs personnalités, leurs émotions, tout prenait un relief particulier, sans équivoque. Aussi étrange que cela puisse paraître, plus on connaît quelqu’un, plus ses contours deviennent flous, comme si le temps passé ensemble effaçait ce qui le distingue de vous. N’était-il pas plus excitant de se demander si l’autre aimait ou pas la country que de le savoir? – p.398

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2 réflexions sur “Le Secret du mari, Liane Moriarty, Albin Michel

  1. il est dispo en kindle, cool ! c’est pas que j’ai des lasses du temps pour lire en ce moment, mais ton article donne franchement envie !

  2. Et bien voilà, je l’ai lu – enfin devrais-je dire dévoré !!! C’est difficile de s’arrêter de lire tant on a envie d’avoir la suite de l’histoire de chaque personnage 🙂
    Je ne m’attendais pas du tout à cette chute ! En tout cas merci pour ton article qui m’a fait découvrir ce roman 🙂
    Tu me conseilles quoi maintenant ? 🙂

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