9 semaines 1/2, Elizabeth McNeill, Au Diable Vauvert

 

 

??????????

Avant Cinquante nuances de Grey, avant même le célèbre strip tease de Kim Basinger à Mickey Rourke sur la chanson de Joe Cocker (pour ceux qui ne voient pas de quoi je parle, prenez 5 minutes pour regarder cette scène culte ! -> c’est par ici), il y avait un roman.

9 semaines 1/2 est LE classique de la littérature érotique nous dit-on sur la couverture de la réédition du Diable Vauvert. J’ai voulu en avoir le coeur net !

 

Ce qu’en dit l’éditeur:

« Je me revois attachée au lit, enchaînée au pied de la table ou au lavabo, oui, moi, attachée, nue, zébrée de coups, attachée et réduite à une seule obsession, une seule frénésie: celle du désir qui s’accroît sans cesse en moi. »

La véritable histoire de soumission sexuelle qui a inspiré le film culte: un récit troublant et fascinant, chef-d’oeuvre de la littérature érotique, qui vous tiendra en haleine jusqu’à la dernière page…

Editrice pour un magazine féminin, Elizabeth McNeill a dissimulé son identité pour publier son histoire. Sept années plus tard, Mickey Rourke et Kim Basinger, inoubliables, l’incarnent au cinéma: c’est un succès mondial. Mais elle se suicide en 2011, emportant avec elle le mystère d’une liaison érotique extrême qui fascine encore le monde entier.

 

Ce que j’en pense moi:

Intriguée comme beaucoup par le « phénomène » Cinquante nuances de Grey je m’étais achetée le premier tome. En 2 ans j’ai lu une centaine de pages. Autant dire que je n’avais pas du tout été convaincue par l’histoire fade et niaise, les personnages caricaturaux et les dialogues d’une platitude affligeante. Ca ne m’avais donc pas vraiment poussée à creuser le vivier de la littérature érotique mais lorsque je suis tombée sur cette réédition de 9 semaines 1/2 je me suis dit que c’était peut être là l’occasion de me réconcilier avec le genre.

Je l’avoue, je ne savais pas que le film éponyme était tiré d’un livre, que ce livre était en réalité une histoire vraie, elle-même écrite à partir du journal intime qu’a tenu Elizabeth McNeill durant les 9 semaines 1/2 qu’elle a passé avec un homme. Le fait de savoir qu’il s’agissait d’une histoire bien réelle a accentué encore plus mon intérêt pour cette lecture: il ne s’agit pas d’un roman de littérature érotique fictive, destiné à émoustiller les sens des femmes en quête de sensations coquines, mais d’une véritable plongée dans l’intimité d’une femme qui a volontairement utilisé l’état de soumission à un homme pour en retirer du plaisir, jusqu’à aller jusqu’à tout abandonner et se livrer corps et âme à un parfait inconnu.

Dire que ce livre n’est pas dérangeant serait mentir: toute lectrice sensée ne peut pas s’empêcher de se demander: comment une jeune femme visiblement brillante, sociale et séduisante, se laisse devenir la chose d’un homme? Après des années de luttes féministes, ce genre d’histoire fait assez froid dans le dos: durant ces 9 semaines 1/2 Elizabeth McNeill a nié toute sa personnalité, attachée au pied d’une table à attendre que son amant lui fasse manger à sa fourchette, attendant dans le bain qu’il la lave, la sèche et lui choisisse ses vêtements, acceptant pour lui de voler, de se faire ligoter, frapper, séquestrer, entraîner par une prostituée… et ce pendant tout ce temps jusqu’à une fin aussi inattendue que prévisible.

Si les scènes de sexes sont bien présentent, ce n’est selon moi pas le coeur du livre. Pour moi, ce livre est bien plus qu’un roman érotique, il permet de se questionner sur le désir que l’on peut éprouver à redevenir enfant à ne plus être acteur de sa vie, à décider de n’être qu’un pantin, face à une société peut être trop oppressante.

J’en ai discuté avec des amies l’ayant également lu et nous n’avons pas toutes la même approche : selon moi, Elizabeth n’est pas victime de la situation ni dominée par son amant puisqu’elle l’a choisi et que, aussi improbable que cela puisse paraître, elle en tire du plaisir. Lorsque l’on sait qu’elle était enfant de nazi, on peut se dire que de ne plus avoir de personnalité et de laisser à autrui les commandes de sa vie était peut être la façon la plus facile pour elle d’oublier qui elle était, de rejeter une filiation aussi dure à assumer.

En bref j’ai trouvé ce livre très intéressant, et je me pose encore des semaines après sa lecture, des questions sur la véritable liberté et sur les formes multiples que peut prendre le plaisir, tant au sens physique que spirituel. En revanche je trouve que le sous titre choisi par la maison d’édition est abusif car il ne s’agit, pour moi, pas de littérature érotique. A trop vouloir s’opposer au phénomène de EL James, on finit par vouloir surfer sur les mêmes vagues du succès…

 

Quelques extraits:

Nos soirées n’étaient guère variées. Il faisait couler mon bain, me déshabillait, me passait les menottes. Je restais dans la baignoire pendant qu’il se changeait et préparait le dîner. Quand je voulais sortir de la baignoire, je l’appelais. Il me relevait, me savonnait longuement, me lavait et me séchait. Puis il m’ôtait les menottes, me passait l’une de ses chemises – une chemise blanche, rose ou bleu pâle en popeline, faite pour être portée avec un costume donc les manches m’arrivaient jusqu’au bout des doigts, une chemise neuve tous les soirs, venant droit de la blanchisserie chinoise. Puis il me remettait les menottes. p.81/82

Dès l’instant où je refermais derrière moi la porte de son appartement, je savais que je n’avais plus rien à faire, que j’étais là non pour faire, mais pour « être faite ». Une autre personne avait pris le contrôle de ma vie, jusque dans les plus intimes détails. Si je n’avais plus le contrôle de rien, j’avais en revanche la permission de perdre tout contrôle. Pendant des semaines et des semaines, le sentiment d’être libérée des charges de la vie adulte me fut un immense soulagement. « Tu veux bien que je te bande les yeux ? » avait été la première et la dernière question importante qu’il m’avait posée. À partir de ce moment-là, je n’avais plus à accepter ou à protester (bien qu’une ou deux fois, mes protestations aient fait partie de tout le processus : démontrer clairement ma sujétion) ; il n’était plus question de mes goûts pratiques, moraux ou intellectuels ; ni des conséquences de mes actes. Il ne restait que le luxe voluptueux d’être la spectatrice de ma propre vie, d’abandonner absolument mon individualité, de jouir sans réserve de l’abdication de ma personnalité. p.149
Le pouvoir de que cet homme avait sur moi était évident. Pareille à un jouet d’enfant que l’on remonte avec une clef, je jouissais chaque fois qu’il le décidait. Le fait de vouloir ou de ne pas vouloir faire l’amour n’existait plus pour moi, me semblait quelque chose de purement littéraire. Il ne s’agissait pas d’une espèce d’insatiabilité sexuelle, mais du caractère inévitable de mes réactions. Il faisait ce qu’il voulait et moi, inévitablement, toujours, je jouissais. Seuls les préludes variaient. p.178

 

 

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s