Guido Piccoli et Giuseppe Palumbo, « Escobar, El Patron », Dargaud, 2016

 

Comme j’ai la chance d’avoir de bons pères et mères Noël dans mon entourage, j’ai trouvé sous le sapin une nouvelle bande dessinée que je ne connaissais pas jusqu’alors, à savoir Escobar, el patron. L’occasion pour moi de découvrir des dessinateurs et un pan de l’histoire plutôt récente de l’Amérique latine qui m’était alors peu connu.

Ce que l’éditeur en dit: 

Pour éviter une extradition vers les Etats-Unis en 1991, Pablo Escobar, encore très puissant, se livre à la justice colombienne et s’installe à la Cathédrale, prison dorée et dernier QG du plus grand narco-trafiquant et criminel de tous les temps. La fin du règne est annoncée, la Colombie et les USA organisent sa chute. Comment y parviendront-ils?

Ce que Lui en dit: 

Avant toute chose, je dois confesser mon ignorance totale sur la personne de Pablo Escobar. Je n’avais pas vu la série, les films ou lu de livres à son sujet. Je résumais le sujet à un trafiquant de drogue ultra-puissant qui achetait le silence de la population avec des liasses de billet.

Les auteurs n’ont pas souhaité faire une biographie d’Escobar. Leur focale s’est centrée sur une moment très particulier qu’il convient de préciser. En 1991, Pablo Escobar accepte sous certaines conditions de se rendre à la justice de son pays. Dans les clauses négociées, on note deux particularités: l’impossibilité d’être extradé vers les Etats-Unis (il y avait une section spéciale dans l’ambassade américaine de Colombie uniquement réservée à ce point) et la mise en place de « conditions spéciales » de détention. Et qui dit Pablo Escobar dit des conditions vraiment très spéciales de détention. N’y voyez pas des uniformes orange fluo avec des fers aux pieds et aux mains, n’imaginez pas des travaux d’intérêts généraux sous le soleil brûlant, ne craignez même pas d’humer les plats insipides de la cantine. Bien loin d’Alcatraz, de Guantanamo ou d’Oz, la prison de Pablo Escobar n’est en réalité qu’un QG depuis lequel le détenu a toute latitude pour continuer à gérer sereinement ses affaires et mener une vie hors du commun. Fêtes, orgies, mobilier luxueux, tournois de football (avec les joueurs de l’équipe nationale tout de même) et même assassinat d’adversaires y ont lieu. Et quand M. Escobar souhaite aller voir une finale de football, aucun problème… Il lui suffit de prendre sa voiture et de se faire une virée en ville en n’oubliant pas de saluer la foule. En bref, le chef, c’est lui!

Cette bande dessinée est très bien réalisée. Les dessins sont très plaisants et le scénario bien construit. C’est la fuite en avant d’un homme qui est racontée par ses excès et ses débauches. Cet homme qui est de plus en plus seul, au fur et à mesure que les alliances se font, se défont et que les règlements de compte s’opèrent. Le rôle des pouvoirs politiques nationaux et extérieurs (notamment celui des Etats-Unis) y est bien présenté. En bref, on passe un bon moment en apprenant plein de choses.

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J. Courtney Sullivan, Les Débutantes, Le Livre de Poche

Ça faisait un moment que j’avais repéré ce livre : des histoires de femmes, d’amitiés, et de féminisme, j’étais sûre que ça allait me plaire ! À l’occasion d’une petite virée chez Gibert Joseph, j’ai franchi le cap et je suis repartie avec un exemplaire, prise d’une grande impatience de découvrir ces quatre filles…

 

Ce que l’éditeur en dit : 

« Bree, Celia, April et Sally avaient quitté leurs chambres de bonne et emménagé à l’étage principal. Elles laissaient leurs portes ouvertes pendant la journée et criaient simplement pour se parler. Elles se vautraient sur les divans du salon après le repas du soir, se racontant des ragots et se lisant à voix haute des passages du New Yorker et de Vogue. »

Elles se sont connues et aimées à l’université de Smith, haut lieu de la culture féministe. Le temps, le mariage, la vie d’adulte les ont séparées, jusqu’à la disparition de l’une d’entre elles.
Face aux déceptions de l’existence, rien n’est plus précieux que les souvenirs et les amies des années de fac. Bree, Celia, April et Sally vont s’en rendre compte.

Si Les Débutantes est d’abord un hymne à l’amitié, c’est également une réflexion passionnante sur l’indépendance des femmes dans notre société. Une réussite. – Version Femina.

 

Ce qu’Elle en dit :

J’ai beaucoup aimé cette lecture, autant dans le fond que dans la forme si je puis dire. Les chapitres alternent la voix – et donc la vie – des quatre filles, avec pour chacune un ton et un rythme différent, ce qui empêche la lassitude que l’on peut parfois ressentir en suivant pendant 500 pages le même personnage (surtout s’il ou si elle nous sort par les yeux). Là vous êtes sûr de vous attacher au moins à l’une des héroïnes et de ne pas voir les pages passer !

Mais surtout ce livre m’a profondément touché car il aborde une étape de la vie que je suis précisément en train de vivre, c’est à dire ses rêves de jeunesse et les amitiés qui vont avec à l’épreuve de l’évolution de chacun et du poids insoupçonné que la « vraie vie » fait peser sur nos choix à la sortie de la scolarité.

Malgré une configuration très « à l’Américaine » (avec un campus comme on n’en connaît pas – ou peu – en France), on peut facilement se projeter dans la tête et la vie de ces quatre jeunes filles si attachantes. Le hasard les fait se rencontrer à une période de leur vie où elles commencent à s’émanciper du modèle parental et à se forger leur propre personnalité. Les liens amicaux qui se forgent avec les autres à cette période de notre vie sont, je trouve, particulièrement à part et souvent empreints d’une force qu’on a parfois du mal à retrouver. Comme Bree, Celia, April et Sally , c’est une période où on n’a pas ou peu d’obligations et de responsabilités. On a surtout à l’idée que tout est construire, qu’on peut prendre le chemin que l’on veut, qu’on peut devenir la personne que l’on souhaite devenir. Mais que se passe-t-il – une fois hors des murs sécurisants des écoles et face à la réalité de la vie – quand on doit changer ses plans, et même changer tout court?

Ce livre aborde ce point avec beaucoup de justesse : ces quatre filles se trouvent, se découvrent, à une période où elles sont en « construction », puis elles grandissent, changent, prennent des voies qui les éloignent géographiquement mais aussi dans l’essence même de leur personnalité. Parfois par choix, parfois parce que la vie ne leur laisse pas d’autres possibilités. Mais leurs amies d’école restent le reflet de celles qu’elles étaient à l’âge où elles avaient encore des rêves, ou des certitudes quant à ce qu’elles voulaient accomplir dans leur vie. Elles deviennent les unes pour les autres les instantanés des filles qu’elles étaient mais qu’elles ne sont plus, des instantanés qu’elles veulent préserver précieusement mais qui les confrontent parfois douloureusement à la différence entre ce qu’elles voulaient devenir et accomplir et leur « vraie vie » actuelle.

Une très belle lecture sur l’amitié à l’épreuve du temps, sur les rêves de jeunesse à l’épreuve de la vie, et sur la place des femmes à l’épreuve de la société américaine du XXe siècle.

 

Extraits choisis :

Et peut-être que c’était un peu idiot de croire qu’elle était toujours une priorité pour Sally, comme cela avait été le cas à Smith, quand il n’y avait presque rien qui pouvait détourner leur attention. À l’époque, elles disposaient de quantités de temps suffisantes pour pouvoir stocker dans leur mémoire les habitudes quotidiennes, les chansons préférées des unes et des autres. C’était un peu comme être amoureuse, mais avec en moins le poids d’avoir à choisir un seul cœur auquel se rattacher et la crainte de le perdre. (…) Peut-être que c’était impossible de reproduire ce genre de proximité dans la vraie vie. (p.91)

Depuis qu’elles étaient diplômées, l’indifférence dont les filles faisaient preuve à l’égard de tout ce qui ne touchait pas leurs vies sentimentales la dégoûtait. (…) Tout autour de la planète, des femmes étaient tourmentées, pourtant, si vous preniez la notion de sexisme au sérieux, vous passiez pour une raseuse, une idiote, voire une casse-couilles. Comment est-ce qu’on pouvait rester là à se la fermer? Pourquoi est-ce que tant de femmes ne faisaient rien? (p.154)

Ici, cela n’avait plus d’importance qu’elle soit sortie parmi le groupe des 3% en tête de sa promo en école de droit, ni qu’elle ait les moyens de se payer un appartement dans le beau San Francisco avec chambre d’amis, pas plus qu’elle ait très probablement foutu en l’air sa carrière en l’espace des trois dernières semaines. Ici, on l’adorerait toujours pour avoir construit un village en carton pour ses figurines She-Ra, pour s’être souvent levée de bonne heure afin de préparer un bol de céréales à son père avant le travail, et pour avoir convaincu ses frères de se laisser mettre du vernis à ongles sur les doigts de pied. Quand elle revint vivre chez ses parents, elle redevint instantanément cette version rajeunie et plus nature d’elle-même. (p.419-420)

JK Rowling, J. Tiffany & J. Thorne, Harry Potter et l’Enfant Maudit (Parties Un et Deux), Gallimard

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AVIS CERTIFIÉ NO-SPOILER

Dire que j’aime Harry Potter serait un doux pléonasme qui ferait sourire tous ceux qui me connaissent bien.  Même si le mot ne me plaît pas trop, je pense pouvoir dire sans trop m’avancer que je suis une vraie fan de l’univers que JK Rowling a construit tout au long de cette aventure qui, comme beaucoup, m’a accompagné pendant toute mon adolescence et aura toujours une place à part dans ma bibliothèque (puisque je collectionne le premier tome dans toutes les langues) et dans mon cœur.

Quand j’ai entendu parler de cette pièce de théâtre pour la première fois et de l’édition qui en découlerait, je n’ai pourtant pas sauté au plafond, ni de joie en me disant que l’aventure continuait, ni en criant au scandale devant cet ersatz de suite « même pas écrite par Rowling ». J’ai pris du recul sur tout ce qu’il s’en disait, attendant de me faire ma propre opinion. Pour moi, la saga Harry Potter est terminée, c’est un cercle clos qui ne nécessite pas de suite, mais des bonus comme ça, pourquoi pas? Pourquoi cracher dans la soupe comme on dit chez moi?

C’est donc sans attente particulière, en étant presque déçue de ne pas être plus fébrile, que je me suis mise à la lecture de cette fameuse pièce de théâtre, et voilà ici ce que j’en ai pensé.

 

Ce qu’en dit l’éditeur :

Être Harry Potter n’a jamais été facile et ne l’est pas davantage depuis qu’il travaille au cœur des secrets du ministère de la Magie. Marié et père de trois enfants, Harry se débat avec un passé qui refuse de le laisser en paix, tandis que son fils Albus affronte le poids d’un héritage familial dont il n’a jamais voulu. Quand passé et présent s’entremêlent dangereusement, père et fils se retrouvent face à une dure vérité : les ténèbres surviennent parfois des endroits les plus inattendus.

 

Ce que j’en dit :

Tout d’abord je commencerai mon avis en disant que pour moi, ce n’est absolument pas « La huitième histoire ». Non mais comment voulez vous que ça soit la 8e histoire? L’histoire, comme je le disais, elle est terminée, et en beauté selon moi. Et les « 7 histoires » étaient des romans, écrits par JK Rowling. Seule. 400, 600, 700 pages d’immersion dans le monde magique de Poudlard. Donc comment ne serait-ce qu’imaginer que le texte d’une pièce de théâtre de 341 pages puisse faire partie de « l’Histoire » ? Les Fans d’Harry Potter qui s’attendent à ça vont forcément être déçus en s’imaginant qu’il s’agit là d’une « suite ».

Alors, une suite : non.
Un chouette bonus d’un univers qu’on aime et qu’on adore retrouver, un hommage même à la Saga : ça oui !

Pour moi Harry Potter et l’enfant maudit c’est exactement cela, un super bonus qu’on aurait tord de ne pas savourer pour ce qu’il est (un peu comme les films des Animaux Fantastiques qui s’annoncent). Si on aborde sa lecture sans y chercher « une suite » ou « la plume de JK Rowling » (qui, je le rappelle, a « seulement » eu l’idée de l’histoire mais n’a pas écrit la pièce) comment ne pas apprécier sa lecture?!
Comment ne pas sourire en retrouvant Poudlard? Harry? Hermione? Ron? La poudre de cheminette et la Forêt interdite? Impossible vous en conviendrez ! 🙂

Alors oui, l’histoire est parfois un peu tirée par les cheveux, mais franchement il serait vraiment dommage de bouder son plaisir de retrouver un petit peu de la magie qui nous a tant fait rêver. Pour moi c’était donc une lecture très agréable, avec un poil de nostalgie mais surtout beaucoup de sourires et une furieuse envie de voir la pièce « en vraie » parce que… mais enfin comment diable font-ils pour faire tout ça sur une scène?!

 

Extrait choisi :

LE CHOIXPEAU MAGIQUE
Au cours de tant de siècles, j’ai scruté les cerveaux,
J’ai lu dans les pensées des élèves nouveaux,

Année après année, j’ai joué ce rôle unique
Qui a fait mon renom, moi, le Choixpeau magique.

Au plus haut, au plus bas, j’ai choisi sans relâche,
Contre vents et marées, j’ai accompli ma tâche,
Posez-moi sur la tête, la voix de la raison
Révélera alors quelle est votre maison. (p.28)

 

Une petite vidéo avec des photos de la pièce de théâtre en Angleterre (attention, petits spoilers)

CINÉ / Double avis sur Bridget Jones Baby

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On ne va plus très souvent au cinéma, au point que les cartes de places se périment au fond de notre sac. Mais pour cet hiver, on est bien décidé à se faire plus de toiles et quoi de mieux pour commencer cette bonne résolution que de retrouver un dimanche soir, Bridget Jones dans ses nouvelles aventures… Voici donc nos deux avis, tout chaud tout beau, à la sortie du film Bridget Jones Baby.

LUI :

Allez… Encore une comédie romantique pour faire plaisir à madame…
Bon, j’arrête la mauvaise foi masculine et je trahis le pacte secret entre tous les producteurs de testostérone dont je fais partie: les garçons aussi ça aime les comédies romantiques. Tant est si bien que lorsque j’ai vu que ma vieille copine Bridget revenait sur les écrans, c’est moi qui ait proposé à Elle d’aller la voir. Et je n’ai pas été déçu. Même si certains gags sont un peu inutiles, même si certains produits sont grossièrement placés (dédicace à Apple et Ed Sheeran…), l’attachement que l’on a naturellement pour les personnages anciens (Bridget of course, Marc Fitzwilliam (j’aime bien ce prénom…) Darcy et sa classe so british) mais aussi les nouveaux (Jack Quant ou encore la présentatrice du JT) fait que l’on passe obligatoirement un bon moment. On pourrait penser retrouver le format du journal avec la grossesse – en mode « journal d’une femme enceinte » – mais l’intrigue se joue vraiment autour des relations amoureuses de Bridget et de l’identité du père. Des sourires, du rire parfois, de l’émotion, des doutes, un bon moment de détente pour un dimanche soir réussi.

NOTE : 4/5

 

ELLE :

Quel plaisir de retrouver cette sacrée Bridget, ses gaffes et ses peines de cœur ! Égale à elle même, avec juste quelques années de plus (quel coup de vieux quand il repasse des images des premiers films, et pas seulement pour les acteurs…). Plaisir également à retrouver la galerie de personnages hauts en couleurs des débuts – une mère toujours aussi névrosée – bien que la bande des copains ne soient plus montrés qu’épisodiquement et laisse Bridget assez seule face à ses déboires. Heureusement des petits nouveaux viennent prendre la relève – notamment une présentatrice télé complètement et délicieusement fêlée – et apporter un peu d’air frais. Je ne rentrerais pas dans l’histoire pour ne pas spoiler mais disons que c’est du Bridget Jones comme on connait, avec des personnages attachants, des grosses barres de rire et quelques gags un peu trop tirés par les cheveux. Mais on pardonne, parce qu’on lui passerait n’importe quoi tant on est content de passer deux heures avec elle. Mention spéciale à Patrick Dempsey qui en fait juste assez pour être une caricature amusante du lover-écolo, mais pas trop non plus pour rester un personnage crédible et touchant. J’aurais juste aimé un peu plus d’indépendance féminine et d’audace dans la conclusion mais on a passé un très bon dimanche soir, requinqués de bonne humeur et d’amour pour affronter la semaine qui s’annonce !

NOTE : 4/5

La cuisinière d’Himmler de Franz-Olivier Giesbert

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Ce qu’en dit l’éditeur :

Ceci est l’épopée drolatique d’une cuisinière qui n’a jamais eu peur de rien. Personnage loufoque et truculent, Rose a survécu aux abjections de cet affreux XXe siècle qu’elle a traversé sans rien perdre de sa sensualité ni de sa joie de vivre. Entre deux amours, elle a tout subi : le génocide arménien, les horreurs du nazisme, les délires du maoïsme. Mais, chaque fois, elle a ressuscité pour repartir de l’avant. Grinçant et picaresque, ce livre raconte les aventures extraordinaires d’une centenaire scandaleuse qui a un credo : « Si l’Enfer, c’est l’Histoire, le Paradis, c’est la vie ».

 

 

Ce que lui en dit

Une centenaire qui continue une activité loufoque et qui a côtoyé tous les grands chefs politiques du XXe siècle sans jamais être inquiétée, voilà qui est original…si cela n’avait pas déjà été fait dans Le vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire du suédois Jonas Jonasson !

En effet, nombreux sont les parallèles que vous pouvez établir entre les deux livres. Dans les deux cas, la chronologie alterne entre une affaire dans le présent et une épopée dans le passé. Dans les deux cas, les héros ont une destinée extraordinaire les amenant à rencontrer les personnes qui ont le plus marqués le siècle dernier (pas toujours les mêmes dans les deux livres, heureusement quand même !) et dans les deux cas, l’histoire qui se déroule au temps présent est assez caricaturale et ne fonctionne pas vraiment. [À ce sujet, la principale erreur de l’adaptation du film du suédois au cinéma a été de se concentrer sur l’histoire actuelle qui présente peu d’intérêt à côté du reste du livre. Mais bon, ça, c’est une autre histoire !].

Ne soyons pas de mauvaise foi, il y a bien entendu des différences entre les deux livres. Tout d’abord, la place de la famille dans le second qui est inexistante dans le premier. Rose agit en mère de famille et c’est son instinct protecteur et maternel qui la pousse à agir. De plus, Rose est consciente de ses actes. Elle est une tueuse aguerrie et elle agit toujours avec discernement. C’est tout l’inverse d’Allan, héros suédois qui se retrouve dans des situations invraisemblables sans jamais ne rien y comprendre. Et c’est là que repose la force du second sur le premier. En effet, le facteur comique est bien plus développé dans le livre de l’auteur suédois (ce qui explique aussi son plus grand succès) et ne se limite pas à l’histoire actuelle qui finit parfois par agacer tant elle semble avoir été écrite dans le but d’offrir une parenthèse de rire au lecteur.

En bref, ce livre n’est certainement pas le livre de l’année mais je dois dire qu’étant adepte de ces épopées modernes à la Forrest Gump, j’ai pris du plaisir à le lire. Même s’il est moins drôle et moins bien construit que son cousin suédois, il permet de passer un moment agréable et instructif car l’auteur semble s’être bien documenté afin de glisser des anecdotes. Celles-ci, bien qu’alourdissant parfois le style général (on se dit parfois « ah, il voulait nous la caser son anecdote ») permettent d’avoir une approche ludique du passé. Alors, si l’histoire vous plaît et que vous aimez les grandes épopées contemporaines, tentez votre chance !

Antoine Leiris, Vous n’aurez pas ma haine, Fayard

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J’ai entendu dire qu’à la rentrée littéraire de cette année certains éditeurs allaient publier des livres en lien avec les attentats du 13 novembre. Pourquoi pas? me direz vous, il ne faut pas museler le discours et certains écrits sont nécessaires pour aller de l’avant. Je suis d’accord, mais là où je suis perplexe c’est quand j’entends que ces livres sont des romans, des fictions.

Alors on en est là.
Le fameux adage « la réalité est parfois pire que la fiction » donne l’impression qu’on peut transformer en fiction cette réalité… On pourrait pourtant penser que l’inspiration peut se trouver autre part et qu’il faudrait laisser plus de temps au temps avant de s’emparer comme ça d’un événement aussi violent. Parce que ce jour là se sont des êtres réels qui ont été touchés, pas des héros d’un roman. Alors oui, je pense sincèrement que c’est important de parler et important de prendre du recul mais je trouve personnellement que c’est trop tôt pour écrire des fictions sur un drame qui n’a même pas 10 mois.

En week-end chez mes parents, j’en discutais à ma mère et elle m’a dit qu’elle avait entendu parler à la radio d’un récit d’un homme dont la femme est décédée au Bataclan. J’étais un peu mitigée sur le principe mais l’approche était complètement différente : il s’agit bien d’un récit et non d’un roman. Et parce que j’ai une maman super, le lendemain j’avais ce livre entre les mains.

Ce qu’en dit l’éditeur :

Antoine Leiris a perdu sa femme, Hélène Muyal-Leiris, le 13 novembre 2015, assassiné au Bataclan. Accablé par la perte, il n’a qu’une arme : sa plume. À l’image de la lueur d’espoir et de douceur que fut sa lettre « Vous n’aurez pas ma haine », publiée au lendemain des attentats, il nous raconte ici comment, malgré tout, la vie doit continuer.

C’est ce quotidien, meurtri mais tendre, entre un père et son fils, qu’il nous offre. Un témoignage bouleversant.

Ce qu’Elle en dit :

Comme je le disais, au moment de commencer ma lecture j’avais quelques appréhensions. La fameuse lettre me disait quelque chose, je l’avais vu tourner sur les réseaux sociaux après le 13 novembre mais je ne l’avais pas lue mais comme elle est reproduite en intégralité dans le livre, c’est à présent chose faite. Je me suis dit que le mieux pour vous parler de ce livre serait de reproduire ici le début de cette fameuse lettre, qui est aussi à l’origine du projet d’écriture d’Antoine Leiris :

Vendredi soir vous avez volé la vie d’un être d’exception, l’amour de ma vie, la mère de mon fils mais vous n’aurez pas ma haine. Je ne sais pas qui vous êtes et je ne veux pas le savoir, vous êtes des âmes mortes. Si ce Dieu pour lequel vous tuez aveuglément nous a faits à son image, chaque balle dans le corps de ma femme aura été une blessure dans son cœur.

Alors non je ne vous ferai pas ce cadeau de vous haïr. Vous l’avez bien cherché pourtant mais répondre à la haine par la colère ce serait céder à la même ignorance qui a fait de vous ce que vous êtes. Vous voulez que j’ai peur, que je regarde mes concitoyens avec un œil méfiant, que je sacrifie ma liberté pour la sécurité. Perdu. Même joueur joue encore.

Voila :Je ne sais pas qui vous êtes et je ne veux pas le savoir, vous êtes des âmes mortes. Il le dit encore un peu plus loin dans son livre : Les armes, les balles, la violence, tout ça n’est que le décor de la scène qui se joue réellement, l’absence.
Finalement, on se rend vite compte que ce livre n’est pas un livre sur les attentats du 13 novembre (voyeuristes, passez votre chemin). C’est un livre sur le deuil, la tristesse qui survient lors de la mort d’un être cher avec toute la pureté des sentiments qui s’y rattache. Oui, évidemment le contexte des attentats donne une particularité indéniable car le malheur personnel d’Antoine Leiris, surtout avec la diffusion qu’a connue sa lettre, est public et connu de tous, mais malgré cela il parvient à préserver son intimité.

Mais il écrit justement un livre sur son intimité, me direz-vous.
Oui, je suis d’accord mais c’est là toute la réussite de l’auteur : il parvient à se raconter, à raconter sa peine, sa douleur, ses doutes, mais toujours avec beaucoup de pudeur. À aucun moment le lecteur ne fait finalement partie de ce roman comme les gens qui tentent d’aider Antoine ne feront jamais vraiment partie de son deuil, et comment en pourrait-il être autrement? Nous ne pouvons qu’être, comme le 13 novembre mais surtout comme toujours face à la mort et au deuil, de simples observateurs.

C’est un livre extrêmement bien écrit, touchant, qui ne plaira peut être pas à tout le monde – j’entends tout à fait que ce livre ne puisse pas intéresser et peut être même provoquer un rejet de part son thème et la proximité avec le 13 novembre – mais personnellement je vous le conseille : comme en réponse aux images « chocs » et au débat sur l’anonymité des terroristes, il nous parle du plus important : des gens, les vrais, ceux qui sont partis, mais aussi et surtout ceux qui sont restés.
Un livre fort, poignant, mais nécessaire.

Extraits choisis :

« Attentat au Bataclan ».
Coupure son. Je n’entends plus dans ma poitrine que mon cœur qui tente de s’échapper. Ces deux mots résonnent dans ma tête comme un écho qui semble ne jamais vouloir se terminer. Une seconde comme une année. Une année de silence, plantée là, dans mon canapé. Ce doit être une erreur. Je vérifie que c’est là qu’elle est allée, je peux me tromper, avoir oublié. Le concert est bien au Bataclan. Hélène est au Bataclan. (p.15)

« … Faut pas que toutes ces morts soient inutiles… »
Parce qu’il y a des morts utiles?
Ça aurait pu être un chauffard qui oublie de freiner, une tumeur un peu plus maligne que les autres ou une bombe nucléaire, la seule chose qui compte, c’est qu’elle ne soit plus là. Les armes, les balles, la violence, tout ça n’est que le décor de la scène qui se joue réellement, l’absence. (p.38-39)

Et tout à coup, j’ai peur. Peur de ne pas être à la hauteur de ce que l’on attend de moi. Aurais-je encore le droit de ne pas être courageux? Le droit d’être en colère. Le droit d’être débordé. Le droit d’être fatigué. Le droit de boire trop et de fumer encore. Le droit de voir une autre femme, de ne plus voir d’autres femmes. Le droit de ne plus aimer, jamais. De ne pas refaire ma vie et de ne pas en vouloir une autre. Le droit de ne pas avoir envie de jouer, d’aller au parc, de raconter une histoire. Le droit de faire des erreurs. Le droit de prendre des mauvaises décisions. Le droit de ne pas avoir le temps. Le droit de ne pas être présent. Le droit de ne pas être drôle. Le droit d’être cynique. Le droit d’avoir des mauvais jours. Le droit de me réveiller en retard. Le droit d’être en retard à la sortie de la crèche. Le droit de rater les petits plats « maison » que je tenterai de faire. Le droit de ne pas être de bonne humeur. Le droit de ne pas tout dire. Le droit de ne plus en parler. Le droit d’être banal. Le droit d’avoir peur. Le droit de ne pas savoir. Le droit de ne pas vouloir. Le droit de n’être pas capable. (p.106-107)

La Vague, Todd Strasser, Pocket

lavague©Avisculturel

Je n’avais pas vraiment entendu parler de cette histoire de « Vague », j’avais vu passer une bande annonce de film il y a quelques années mais ça ne m’avait pas vraiment marqué. C’est en regardant une vidéo d’une Booktubeuse que j’aime bien qui travaille pour la plateforme « Glose », présentant des livres adaptés en films dans laquelle il était mentionné que j’ai eu envie d’en savoir un peu plus sur cette histoire, d’autant plus que l’une de mes sœurs est partie s’installée à quelques kilomètres de la ville où se sont déroulés les faits.

Je me suis d’abord renseigné sur internet sur ce fait divers réel qui s’est déroulé à Palo Alto en 1969, et ce que j’ai lu a achevé de me convaincre de lire ce livre. Une petite virée chez Gibert Jeune et je l’avais en main.

Ce qu’en dit l’éditeur :

Pour faire comprendre les mécanismes du nazisme à ses élèves, Ben Ross, professeur d’Histoire, crée un mouvement expérimental au slogan fort : « La Force par la Discipline, la Force par la Communauté, la Force par l’Action. » En l’espace de quelques jours, l’atmosphère du paisible lycée californien se transforme en microcosme totalitaire: avec une docilité effrayante, les élèves abandonnent leur libre arbitre pour répondre aux ordres de leur nouveau leader.

Quel choc pourra être assez violent pour réveiller leurs consciences et mettre fin à la démonstration.

Ce que j’en dit moi :

On s’est tous dit un jour que si nous avions vécu la guerre, nous aurions agi différemment. Il est aisé de s’imaginer en héros quand on est bien au chaud dans son canapé. Parfois, on est pris de plus de modestie et on se dit qu’on aurait peut être pas osé se rebeller, mais de la à aller jusqu’à dire qu’on aurait pris une part active dans l’application des idéaux nazis, je pense – j’espère ! – que personne ne se dit se genre de chose. Et pourtant, on ne sait et on ne saura jamais…

On sait très peu de choses sur ce qui s’est réellement passé dans ce lycée en 1969. La ville n’a à l’époque mentionné le fait que dans une brève du journal local et c’est beaucoup plus tard qu’on a su vaguement ce qui s’était passé. Là encore, rien de vraiment clair il reste – et restera peut être toujours – des zones d’ombre sur le pourquoi et surtout le comment de cette expérience glaçante. Je voulais lire ce livre pour en savoir plus et, malheureusement, je n’en n’ai pas vraiment appris davantage que ce que j’avais lu sur le net.

Il faut savoir que l’auteur, Todd Strasser, n’a pas consulté le professeur à l’origine de cet événement, ni aucun élèves du lycée pour écrire ce livre. C’est donc son interprétation des faits déjà connus. C’est intéressant car il se plonge dans le cerveau des élèves et surtout du professeur Ben Ross, et nous montre comment des idées aussi folles ont pu trouver une écoute et une légitimité dans la vie de ces personnes pendant cette semaine hors du temps.

On y suit des adolescents mal dans leur peau et ayant terriblement envie de sortir du lot, d’être différents, de changer le monde. On voit également un professeur, à la fois effrayé et captivé par ce qu’il parvient à faire et qui se laisse volontairement déborder par son expérience dans laquelle il endosse un rôle de leader tout puissant. L’évolution des personnages est bien faite et bien vue, on peu aisément s’imaginer que c’est effectivement ce qu’ont ressenti ces adolescents et ce jeune professeur.

Mais la brièveté du livre – dû, je vous l’accorde au fait que l’expérience réelle a duré moins d’une semaine – ne permet pas, à mon sens, d’aller assez loin dans l’analyse de ce qu’ont du ressentir ces élèves. Comme pour la trame Todd Strasser utilise les faits connus, je trouve qu’il aurait vraiment plus apporter beaucoup plus, avoir une valeur ajoutée plus importante en en faisant un roman psychologique plus poussé sur les combats intérieurs des personnages.  Si le début présente bien pourquoi les élèves ont pu être séduits par l’idéologie de puissance de La Vague, une fois le mouvement lancé l’auteur s’en tient surtout aux faits. Le personnage féminin que l’on suit, Laurie, qui est l’une des seules à chercher à contrer La Vague, est assez caricaturale, la bonne élève qui a tout compris et réussi à sauver son petit ami pourtant totalement embrigadé. Le personnage du professeur d’Histoire est, je trouve, le plus complet. On le sent vraiment se rendre compte qu’il dépasse les limites qu’il s’était fixées mais qu’il prend malgré lui un plaisir malsain à être le chef de la Vague. Il se persuade qu’il arrive toujours à garder une vision objective de ce qu’il est en train de créer, tout en se rendant compte que cela lui échappe mais sans pour autant qu’il cherche à redresser la barre : c’est pour lui aussi une véritable expérience qui lui fait se découvrir l’envie de pouvoir qui sommeille en lui comme en tout à chacun. Mais, surtout pour la fin, je pense que Todd Strasser aurait pu faire plus.

Attention, loin de moi l’idée de dire que ce livre est à éviter, bien au contraire ! C’est extrêmement intéressant de découvrir cette histoire vraie, qui paraît juste surréaliste et c’est grâce à Todd Strasser qu’elle est arrivée jusqu’à nous. Le livre étant une adaptation du fait réel et le film une adaptation du livre, mieux vaut se référer au livre pour avoir une idée de ce qui s’est réellement passé.

Bref un livre vraiment intéressant pour qui ne connaît pas l’histoire de cette « Vague », qui fait se poser des questions sur les leçons qu’on tire vraiment de l’Histoire, et sur l’insatiable volonté de puissance de l’espèce humaine.

Extraits choisis :

« Tu sais, je pensais qu’ils détesteraient ça, qu’on leur donne des ordres et qu’on les force à se tenir droit et à répondre du tac au tac. Eh bien, au contraire, on aurait dit qu’ils attendaient cela depuis toujours. Bizarre.
– Tu ne crois pas qu’ils prenaient tes exercices comme un jeu? Comme une compétition pour déterminer qui serait le plus rapide, qui se tiendrait le plus droit?
– Il y avait un peu de ça, c’est sûr. De toute façon, jeu ou pas jeu, ils pouvaient refuser de participer. Rien ne les y obligeait, mais ils le voulaient. (p.50)

« Personne ne trouve ça bizarre?
– Comment ça? fit David en se tournant vers elle.
– Je ne sais pas trop. Mais ça ne te semble pas un peu étrange?
– C’est très différent de tout ce qu’on a connu, c’est tout. voilà pourquoi ça te dérange.
– Ouais, confirma Brad. Maintenant il n’y a plus d’un côté le groupe cool et de l’autre les losers. Je te jure, le truc qui m’agace le plus au lycée, c’est toutes ces cloques. J’en ai marre d’avoir l’impression que ma vie n’est qu’un concours de popularité. C’est ça qui est si chouette avec la Vague. On s’en fout d’être populaire ou pas. On est tous égaux. tous membres de la même communauté.
– Et tu crois que ça plaît à tout le monde? s’enquit Laurie.
– Parce que tu conais quelqu’un à qui ça ne plaît pas? rétorqua David. (p.74)

La situation lui échappait et, quelque part, Ben soupçonnait que c’était sa faute. Cette agression sur un élève de seconde était terrible, incroyable. Comment pouvait-il justifier une expérience qui avait de telles conséquences? Mais il n’y avait pas que ça. Bien malgré lui, la défaite embarrassante de l’équipe de foot face à Clarkstown le perturbait. (…) Au cours de la semaine précédente, il avait fini par croire que, si l’équipe gagnait, sa victoire contribuerait à asseoir le succès de la Vague.
Mais depuis quand souhaitait-il cela? Le succès ou l’échec de la Vague n’était pas le but de l’expérience. Il n’était pas censé s’intéresser à la Vague en soir, mais aux leçons que ses élèves en tireraient. (p.115-116)